En rade de Brest, la pêche à la praire menace les fonds marins, et pourrait compromettre le renouvellement des stocks de coquilles Saint-Jacques

Saviez-vous que ce sont plus de 900 espèces d’invertébrés et 150 espèces d’algues qui ont été recensées sur le maërl, un écosystème marin constitué d’accumulations d’algues calcaires rouges corallinacées et typique des côtes de Bretagne ? Ce qui fait de cet écosystème un réservoir essentiel de biodiversité maritime. Pourtant, dans notre région, le maërl, est actuellement en danger, et notamment en rade de Brest. Que faire pour le protéger ?

Les bancs de maërl fournissent une très large gamme de microhabitats abritant une faune et une flore très élevées. De plus, ils constituent une zone de nurserie pour des espèces commercialement exploitées (coquille Saint-Jacques, pétoncles, palourdes, praires) et les jeunes poissons (bar, dorade, lieu, rouget…).

Les bancs de maërl français sont situés sur la façade Manche Atlantique, essentiellement en Bretagne, entre Noirmoutier et la presqu’île du Cotentin. Parmi eux figurent certains des bancs les plus étendus d’Europe (Rade de Brest, Belle-Ile, baie de Saint Brieuc), couvrant plusieurs dizaines de kilomètres carrés.

Le problème, c’est que les activités humaines menacent le bon état de ces bancs de maërl.Extraction, eutrophisation, espèces invasives introduites par l’homme, pêche aux engins trainants : toutes ces perturbations dégradent les fonctions écologiques remplies par le maërl et en particulier son rôle de nurserie (voir encadré ci-dessous).

Récemment, en rade de Brest, les bancs de maërl ont fait l’objet d’une très forte pression de pêche à la praire. En effet, depuis 2004, la pêche à la coquille Saint-Jacques a été régulièrement fermée suite au développement de phytoplancton toxique. Les pêcheurs se sont trouvés contraints de reporter l’essentiel de leur effort de pêche sur les gisements de praires de la rade. Ce bivalve vit enfoui au sein des sédiments grossiers dont les bancs de maërl. Des études menées par l’Université de Brest ont montré qu’une partie significative des bancs de maërl de la rade de Brest ont vu leur état se dégrader fortement depuis 2004, sous la pression des dragues à praires. Or, sans maërl vivant, le renouvellement des stocks de coquilles Saint-Jacques (et de pétoncles noirs) s’effondre. La forte pression de pêche aux praires a donc pour effet de diminuer les ressources futures de cette espèce qui a un intérêt économique bien plus élevé que la praire. Or ce sont les mêmes professionnels qui exploitent les praires et les coquilles Saint-Jacques…

Les blooms de phytoplancton toxiques sont dus aux déséquilibres de l’eau de mer, surchargée en azote. La présence de ces blooms toxiques entraînent l’interdiction de la pêche à la coquille Saint-Jacques, déclenchant celle de la praire qui détruit le maërl. On voit ainsi qu’il s’agit encore une fois d’un impact indirect des effets de l’agriculture industrielle.D’où la nécessité de continuer à lutter en amont contre les épandages.

Il est regrettable que l’état de conservation d’un habitat fragile, dont le rôle est essentiel au fonctionnement des écosystèmes côtiers, puisse voir son état de conservation dégradé à ce point et sur une telle surface (environ 10 km²), au cœur d’une zone Natura 2000.

Il est désormais urgent de mettre en place un plan d’exploitation modérée des bancs de praires en rade de Brest, qui épargnerait les bancs où le maërl est encore vivant et permettrait une activité coquillière plus durable. Il semble possible de maintenir à la fois une activité économique de pêche coquillière viable et une bonne conservation des bancs de maërl.

Bretagne Vivante appelle à la mise en place rapide d’une gestion basée sur une exploitation des bancs de maërl vivant, quasi exclusivement pour les pétoncles noirs et les coquilles, tandis que l’exploitation des praires se cantonnerait aux autres types de sédiments. La dégradation récente du maërl est très rapide, et la croissance naturelle du maërl extrêmement faible :  si rien n’est fait, les pertes massives constatées ces dernières années ne pourront plus être compensées.

Jean-Luc Toullec,

Président de Bretagne Vivante

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Banc de maërl en rade de Brest (banc de Rozegat). A gauche, le maërl en bonne santé dix ans plus tôt, à droite, le maërl impacté aujourd’hui. (photos © Y. Gladu et E. Amice)

Qu’est-ce que le maërl ?

Le terme de maërl désigne des accumulations d’algues calcaires rouges corallinacées vivant librement sur les fonds meubles infralittoraux. En Europe les deux espèces principales sont Lithothamnium corallioides et Phymatholithon calcareum. Les bancs se forment par accumulation de ces algues sur une épaisseur variant de quelques centimètres à plusieurs mètres. L’entassement des thalles provoque la mort et le blanchissement des couches inférieures, seule la couche supérieure restant vivante et colorée. Quand cette couche vivante disparait on parle de « bancs de maërl mort ». Les bancs de maërl sont présents dans les eaux peu turbides, dans des conditions de courants propices au maintien des thalles sur le fond et à la circulation de l’eau pour éviter une trop forte sédimentation. La profondeur d’occurrence des bancs de maërl varie ainsi entre 0 et 30 m sur les côtes atlantiques françaises.

 Détails des menaces qui pèsent sur le maërl en Bretagne et ailleurs

 L’extraction fait disparaitre littéralement le banc et provoque un nuage de turbidité tout autour, qui va enfouir le maërl sous une couche de sédiments fins, provoquant de fortes baisses de biodiversité, même à distance de la zone d’extraction. Les bancs des Glénan, de Lost Pic, du Phare de la Croix et des Pourceaux étaient concernés jusque dans les années 2010. Plusieurs bancs ont disparu dans les années 1970-1980 du fait de l’extraction (baie de Saint-Malo et de Saint-Brieuc). Les extractions de maërl ont totalement cessé en 2011 en France.

L’eutrophisation entraine également une sédimentation accrue sur les bancs qui finissent par disparaître sous la vase ou sous les algues opportunistes (algues vertes, algues filamenteuses).

Les espèces invasives : la plus problématique pour le maërl est aujourd’hui la crépidule. L’invasion des bancs par ce gastéropode grégaire provoque un accroissement de la sédimentation et à terme une disparition du banc sous la couche de crépidules. Les bancs des baies de Saint-Brieuc, de Morlaix sont menacés. Ce gastéropode a également été découvert sur les bancs des Glénan et de Belle-Ile. Une surveillance de la densité et de la structure de population de crépidules s’impose sur tous les bancs où elle est présente. Il faut aussi noter qu’une nouvelle espèce de gastéropode exotique a récemment été découverte sur le maërl de la baie de Morlaix.

 La pêche aux engins trainants

L’ensemble des bancs de maërl français sont soumis à la pêche à la drague pour l’exploitation des palourdes roses, praires et pectinidés (coquilles Saint-Jacques, pétoncles noirs et éventuellement pétoncles blancs). A chaque espèce ciblée correspond un type de drague, comportant ou non des dents de taille et nombre variables. Pour pêcher les pétoncles qui vivent en surface, les dragues à pétoncles sont légères et leur impact pour le maërl lui-même est négligeable, même si elle réduit les grandes espèces fixées sur ses brins calcaires (éponges, ascidies, mollusques). Les dragues à dent entrainent par contre un enfouissement du maërl et induisent une baisse drastique de la diversité biologique des bancs. Pour pêcher la coquille Saint-Jacques, les dragues sont assez lourdes pour que les dents rentrent dans le sédiment d’une dizaine de centimètres. Pour pêcher les praires qui vivent enfouies à quelques centimètres sous la surface les dents rentrent encore plus profondément dans le sédiment et font de véritables tranchées sur le fond avec un impact maximum sur le sédiment, la flore et la faune. Même si cette activité, quand elle est pratiquée raisonnablement ne fait généralement pas disparaître les bancs en tant que tels, elle réduit fortement leur aspect patrimonial (baisse de 30% de la diversité) et le rôle de nurserie. Aujourd’hui en rade de Brest, il y a des zones où on a changé l’habitat  en un gravier envasé.

 

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