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Revue d’Actualité – Mardi de l’Environnement –  6 novembre 2012

 

Evénements

 

. Echec de la conférence d’Hyderabad sur la biodiversité. La onzième conférence des parties de la Convention de la diversité biologique s’est conclue le 20 octobre à Hyderabad (Inde) sur un accord a minima, qui ne masque pas l’échec de la rencontre entre les représentants de 180 Etats. Le point essentiel était en effet d’établir un mécanisme effectif de financement des actions de protection de la biodiversité, contraignant pour les Etats. Or ce qui a été acquis, c’est seulement la promesse des pays développés de doubler d’ici 2015 leurs contributions (publiques autant que privées) aux programmes de préservation de la biodiversité des pays en développement. Sans qu’aucun chiffre censé représenter la base actuelle de cette aide ne soit présenté. Laquelle aide est toutefois estimée à environ 10 milliards$, quand 200 milliards$ seraient nécessaires. Concernant un autre point, la protection de la haute mer, le dossier n’a que peu avancé : le projet de statut environnemental de cette partie des océans n’a pas été discuté, mais à la place ont été identifiées 56 « aires marines d’importance écologique ou biologique », essentiellement dans la Méditerranée, les Caraïbes et le Pacifique ouest, à l’exclusion de l’Atlantique nord (devant l’opposition de la Norvège et de l’Islande). Lors de la précédente conférence, à Nagoya (Japon), la communauté internationale s’était engagée à faire passer, d’ici à 2020, les aires protégées à 17% (contre 13,5% aujourd’hui) de la surface terrestre, et à 10% (contre environ 1,5%) des océans.

 

. Coup de frein sur la recherche pétrolière en Arctique. Devant les difficultés prévues d’exploitation et les risques de catastrophes environnementales, la plupart des « majors » pétrolières ont suspendu momentanément leurs campagnes dans la zone arctique. Total, BP, Shell, le russe Gazprom, se donnent un nouveau délai avant de poursuivre leurs prospections ou leurs exploitations. Toutefois, l’ouverture de la nouvelle route maritime en été (considérée comme indispensable pour le transport des ressources de la zone et pour le commerce international en général) est un fait acquis : si 2 navires seulement l’avaient empruntée en 2009, et 4 en 2010, ils ont été 34 en 2011, pour 800 000 tonnes de fret, un chiffre faible,  comparé aux 9 milliards de tonnes du fret maritime mondial, mais qui devrait croître rapidement.

 

. Pas encore de zones de protection dans l’Antarctique. Les 24 Etats et l’Union européenne membres de la Convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCFFMA) n’ont pu se mettre d’accord sur aucun des trois projets de création d’aires marines protégées, qui étaient présentés lors de la réunion de cette convention en octobre. Sur les 20 millions de km2 de l’océan austral, ces projets concernaient entre 1,9 et 3,6 millions de km2. Nombre de pays, au premier rang desquels se trouvent la Russie et la Chine, sont hostiles à ces protections, qui limiteraient à leurs yeux l’exploitation de la ressource principale, le krill, dont les réserves sont considérées comme énormes.

 

. Une « fertilisation » illégale du Pacifique nord. Une zone de 10 000 km2 du Pacifique nord, au large de la Colombie-Britannique (Canada) a fait l’objet d’une tentative de « fertilisation », en juillet, avec le déversement d’une centaine de tonnes de sulfate de fer. Ce procédé d’épandage devait permettre d’augmenter la productivité du phytoplancton, laquelle augmenterait celle du zooplancton, ce qui aurait favorisé l’abondance des saumons, qui se nourrissent de zooplancton. Le renouveau de la pêche des saumons dans le Pacifique nord était donc le premier but.  De plus, le stockage de dioxyde de  carbone par le phytoplancton aurait permis au village ayant assumé la responsabilité de l’opération (laquelle a été imaginée et conduite  par un entrepreneur américain) de vendre des crédits carbone. Les scientifiques ont souligné que la « fertilisation » des océans reste encore largement soumise aux incertitudes ; et le ministère de l’environnement canadien a rappelé que ce procédé reste interdit par les lois canadiennes, à l’exception des « projets de recherche accrédités », dont ne pouvait se réclamer la tentative.

 

. Biocarburants : l’Europe fait volte-face. Devant les critiques grandissantes sur l’utilisation de plantes (betterave, colza, maïs, tournesol) pour produire des biocarburants de première génération (ce qui participe à la déforestation et contribue à la hausse des matières premières agricoles), la Commission européenne a décidé en octobre, dans un projet de directive, de limiter à 5% l’importance de ces biocarburants dans les transports, à l’horizon 2020. Les autres 5% d’énergies renouvelables prévus en 2008 devront être assurés par des véhicules électriques, ou des biocarburants de deuxième génération produits à partir de résidus végétaux ou les déchets.

 

. Le trafic du bois tropical, une affaire rentable. Un rapport d’Interpol et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), en septembre, estime que le commerce illégal de bois tropical dans le monde rapporterait chaque année entre 30 et 100 milliards$. Ce trafic prend toute son ampleur en Amazonie, en Indonésie et dans le bassin du Congo, où il représenterait « de 50 à 90% de l’ensemble des activités forestières. » La déforestation galopante que l’on constate s’explique largement par ce commerce illicite. A titre de comparaison, le produit de la pêche mondiale (licite) est de  93 milliards$.

 

. Dans la Vanoise, des communes contre le parc national. La discussion actuelle autour de la future charte du parc national de la Vanoise, en France, achoppe sur l’opposition affichée des 29 communes concernées à l’existence même de ce parc. Elles estiment qu’il « n’apporte pas de valeur ajoutée significative au développement des vallées. » Elles ont rejeté le projet actuel de charte, confirmant que leur essor économique est le paramètre le plus important pour elles (l’industrie du ski représente 2 milliards d’euros par an).

 

. La Gironde, en tête du palmarès de l’écologie. 97 départements français ont été passés en revue par le journal La Vie, en octobre, et classés pour leurs bonnes performances en matière de gestion des déchets, respect de l’Agenda 21, agriculture biologique, qualité de l’air, qualité de l’eau, énergies renouvelables et protection de la biodiversité. C’est celui de la Gironde qui arrive en tête, suivi par la Corrèze puis la Loire-Atlantique.

 

. OGM , une étude qui fait polémique. L’étude conduite par Gilles-Eric Séralini en France qui avait conduit à la toxicité du maïs OGM NK-603 sur des rats (avec le développement de tumeurs létales) a été récusée par le Haut conseil des biotechnologies et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Le Pr. Séralini a réaffirmé la valeur de son étude. Le gouvernement français a déclaré nécessaire de réévaluer les procédures d’évaluation et d’autorisation des OGM en Europe.

 

. Un hybride de grizzly et d’ours blanc. Un « pizzly », croisement de grizzly (ours brun) et d’ours blanc, avait été repéré pour la première fois en 2006. Cinq autres individus l’ont été depuis, dans le grand Nord canadien. Le réchauffement climatique explique ce métissage : les grizzly ont tendance à remonter vers le nord, et les ours blancs à descendre, ce qui occasionne des rencontres. Dans la même zone ont été observées des hybridations de narval et de bélouga. Ces croisements présentent le risque de perte de diversité génétique d’une espèce, et de réduction, voire de disparition, de celle-ci.

 

. Des plans de régulation du loup. Traduisant une opposition de plus en plus importante à la présence du loup en France, deux propositions de loi ont été déposées en octobre visant à réguler cette espèce. La première, à l’Assemblée nationale, par des élus UMP, autoriserait les éleveurs « à tirer sur tout loup menaçant leurs élevages », et ce, sans exclure les parcs nationaux. La seconde, émanant d’élus RDSE, au Sénat, stipule la création de zones d’exclusion pour les loups, où l’on constaterait des dommages importants aux activités pastorales ; dans ces zones, l’abattage des loups serait permis (indépendamment des « tirs de prélèvement » nationaux).

 

. « Redécouverte » du loup africain. On le pensait disparu depuis longtemps. Or des chercheurs français ont établi, par une publication du mois d’août, qu’un canidé, Canis lupus lupaster (le loup africain) était bien présent sur une vaste zone de l’Afrique, de l’Ethiopie jusqu’au Sénégal. Il coexiste avec le chacal doré, et avait jusqu’à présent été confondu avec lui. Mais il présente bien des différences morphologiques et comportementales, autant que génétiques. L’étude est importante aussi parce que cet animal est menacé de disparition (les canidés font l’objet de destructions un peu partout en Afrique).

 

Les professions

 

. Lauréat d’un prix des droits de l’homme, un écologiste. Nnimmo Bassey, Nigérian président de la fédération internationale des Amis de la Terre, écologiste oeuvrant dans le domaine des effets du réchauffement climatique sur les populations humaines, a obtenu en septembre le prix des droits de l’homme de la fondation norvégienne Rafto (qui avait déjà récompensé, notamment, la Birmane Aung San Suu Kyi).

 

. Un économiste de l’environnement « ambassadeur de bonne volonté » du PNUE. Pavan Sukhdev, auteur de rapports reconnus d’importance par la communauté internationale (notamment « Vers une économie verte »), a été nommé « ambassadeur de bonne volonté » du Programme des Nations Unies pour l’environnement, en octobre.

 

 

Manifestations

 

. 17ème édition d’Explorimages. Le Festival international de l’image Nature et Aventure aura lieu à Nice, du 9 au 11 novembre 2011. www.explorimages.fr

 

. « Notre Nature », 26ème salon du livre de Creil. 14-18 novembre, Creil (60). www.lavilleauxlivres.com

 

 

 

Publications

 

. « Le futur a-t-il un avenir ? – Pour une responsabilité socio-écologique » de Philippe Lebreton. Editions sang de la Terre.

 

. « Les kangourous et compagnie ! » de Nathalie Tordjman. Editions Belin.

 

. « Atlas mondial des espaces protégés » de Lionel Laslaz, Samuel Depraz, Sylvain Guyot et Stéphane Héritier. Editions Autrement.

 

 

Le mot du mois

 

Du chanteur Hughes Aufray (journal Libération, 9 octobre 2012), cette prise de position : « Cessons d’être esclaves du pétrole (…) je veux parler de l’éthanol que l’on peut extraire du topinambour, cette plante aux propriétés magiques qui n’est utilisée ni pour les bêtes ni pour les gens (…) un hectare de topinambour permettrait à un véhicule proprement équipé de parcourir 10 000 km ! (…) Produisons notre éthanol ! Contre l’Etat nul, l’éthanol ! »