Revue d’Actualité – Novembre 2016 – Alain Zecchini

Evénements

  • Une COP 22 non décisive, et minée par les positions du nouveau président américain. Certes, les négociateurs ont examiné, comme prévu, le calendrier pour la mise en œuvre de l’accord de Paris à la COP 21. Mais pour repousser à la COP 24, en novembre 2018, en Pologne, la finalisation de ces dispositions. Sur le plan positif, on peut relever une déclaration de 22 pays (dont les USA, le Canada, le Brésil, le Japon, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni), auxquels se sont associés 15 grandes villes du monde, 17 régions et 196 entreprises, visant la neutralité carbone pour 2050. Il reste notamment que la question du financement des pays du Sud pour les aider à faire face au changement climatique n’a pas connu d’avancées. Par ailleurs, l’agriculture est restée ignorée, alors que c’est un dossier majeur dans la problématique du réchauffement climatique. Et puis surtout peut-être, les débats ont été largement encombrés par les positions du nouveau président américain, Donald Trump, telles qu’il les avait exprimées auparavant. Il est considéré comme un climatosceptique convaincu : estime que le réchauffement est une invention de la Chine, pour nuire aux intérêts américains ; veut supprimer le Clean Power Plan du président Obama ; est favorable au gaz, au charbon et au pétrole de schiste ; veut également relancer le projet d’oléoduc Keystone, gelé par son prédécesseur. Même s’il est possible que Donald Trump assouplisse ses positions dans les temps à venir, la crainte existe aussi qu’il applique une politique correspondant aux points précités. Et surtout, sur le plan international, ne désengage les Etats-Unis de leurs promesses concernant les contributions pour réduire le réchauffement. Et ce, en s’appuyant sur des textes mêmes de l’accord de Paris. L’article 28 de cet accord stipule en effet que tout pays souhaitant dénoncer l’accord doit attendre trois ans après son entrée en vigueur, puis un an supplémentaire de préavis. Mais il stipule aussi que toute partie ayant dénoncé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) « sera réputée avoir dénoncé également le présent accord [de Paris]. » Comme la CCNUCC est en vigueur depuis 1994, les Etats-Unis pourraient d’ores et déjà s’en retirer, et se retirer du même coup de l’accord de Paris.

 

  • Stabilisation des émissions de CO2 ?Elles ont stagné officiellement en 2015, atteignant, comme en 2014, 36,3 milliards de tonnes. En 2016, elles ne devraient progresser que très légèrement, à 36,4 milliards de tonnes. Toutefois ce chiffre pour 2015 ne prend pas en compte les changements d’affectation des sols, et en premier lieu la déforestation. Si on les ajoute au chiffre officiel, il faut retenir 41,1 milliards de tonnes.

 

  • L’Arctique se réchauffe de plus en plus. En novembre, les températures de l’air en Arctique ont augmenté de 15°C à 20°C par rapport à la moyenne de 1958-2012. Les scientifiques mettent en avant une circulation atmosphérique particulière, une élévation de la température de l’océan, mais aussi et surtout, le changement climatique. Sans surprise, la banquise se reconstitue plus faiblement que par le passé. Fin novembre, elle ne couvrait que 8,8 millions km2, contre 11,1 millions km2 à la même époque pour la période 1981-2010.

 

  • Un pas en avant contre la pollution maritime. L’Organisation maritime internationale a trouvé un accord, fin octobre, pour limiter les effets de la pollution engendrée par l’utilisation du pétrole « bunker » (résidu du pétrole, contenant notamment de grandes quantités de soufre) par les navires porte-conteneurs. La résolution stipule de réduire la teneur maximale en soufre de ce carburant de 3,5% actuellement à 0,5% en 2020.

 

  • Un viaduc controversé en Inde. Le projet de construire un viaduc traversant la mangrove proche de Bombay, en Inde, mobilise les écologistes. Cette mangrove est l’habitat hivernal de 40 000 flamants-roses depuis toujours. Le viaduc doit relier Bombay au site d’un nouvel aéroport international, à construire lui aussi, pour soulager celui de la métropole, en centre-ville, et totalement congestionné. Les promoteurs mettent en avant la création décidée d’une nouvelle réserve de 1 700 ha, plus au nord, qui pourrait abriter les flamants et d’autres espèces aviaires. Mais outre les oiseaux, le sort de la mangrove elle-même est en jeu. Elle fonctionne comme un organisme filtrant les polluants, absorbant le carbone et protégeant de ce fait quantité de vivant.

 

  • Un nouveau coffre d’isolation pour Tchernobyl. Plus exactement une arche immense coiffant la centrale, de 257 mètres de largeur, 162 mètres de longueur et 108 mètres de hauteur. Et d’un poids de 36 000 tonnes. Elle est censée supprimer les risques de propagation des effets des déchets radioactifs.

 

  • La forêt de Fontainebleau croule sous les déchets. 200 tonnes ramassées par l’Office national des forêts (ONF) en 2014, 357 tonnes en 2015 : les déchets s’accumulent en forêt de Fontainebleau. A telle enseigne que l’ONF, depuis quelques mois, estime ne plus pouvoir procéder à cette collecte, faute de moyens financiers. Tant des particuliers que des professionnels (déchets de chantier) sont responsables de cet état de fait. Les communes limitrophes, et en premier lieu Fontainebleau, n’ont pas (encore ?) pris de dispositions pour lutter contre cet incivisme, qui se traduit notamment par des pollutions importantes.

 

  • Deux nouveaux mouvements pour défendre les animaux en France. Le collectif AnimalPolitique, qui réunit 26 associations, avance une trentaine de propositions en faveur de la cause animale, qui seront adressées aux candidats à l’élection présidentielle, fin mai/début juin. Le Parti Animaliste, créé en mars 2016, mais présenté officiellement à la mi-novembre de cette année, a un programme complet en 14 points, parmi lesquels l’abolition de la corrida, la meilleure protection des sanctuaires marins, la suppression de la chasse, etc. (BP 10064, 69633 Venissieux, www.parti-animaliste.fr).

 

  • Le loup en Ile-de-France ?Selon l’Observatoire du loup, un collectif de spécialistes de l’animal, des loups auraient été repérés récemment dans les Yvelines, en Essonne et en Seine-et-Marne. Toutefois l’association Ferus, depuis longtemps une référence pour le loup, ne cache pas son scepticisme. Et du côté de l’ONCFS, c’est d’une dénégation de ces présences qu’il faut parler. Il reste que la progression du loup en direction de l’ouest et du nord du pays est un fait avéré, et cette progression est rapide. Que l’espèce soit certifiée en Ile-de-France semble être une question de temps.

 

  • L’espadon en Méditerranée à sauver. Au bord de l’effondrement, les populations d’espadons de Méditerranée ont obtenu une aide, le 21 novembre, de la part de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique, et ce pour la première fois : l’espèce ne bénéficiait d’aucun quota de capture. Ces prises étaient de 20 400 tonnes en 1988, elles ont chuté à 9 800 tonnes en 2014. Le quota retenu est de  10 500 tonnes, avec une réduction de 3% par an entre 2018 et 2022, et des contrôles accrus sur la pêche illégale, très active. Il reste que les pêches de ces poissons sont encore très significatives aussi en Atlantique nord et en Atlantique sud, respectivement 10 800 tonnes et 9 900 tonnes, en 2014. Et que, selon le WWF, 70% des individus capturés sont des juvéniles. Une vingtaine d’Etats riverains de Méditerranée (dont la France) pêchent l’espadon.

 

  • Guerre aux castors en Argentine et au Chili. Ces deux pays ont décidé de supprimer 100 000 castors de la province de la Terre de Feu, au sud du continent. Ils sont accusés d’abattre quantité d’arbres, notamment centenaires. Ils auraient détruit 400 km2 de forêt. L’espèce, en provenance du Canada, avait été introduite en 1946.

 

 

Médias

 

  • « Guide des humanités environnementales » sous la direction d’Aurélie Choné, Isabelle Hajek et Philippe Hamman. Presses universitaires du Septentrion.

 

  • « Les diplomates – Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant » de BaptisteMorizot. Editions Wildproject.

 

  • « Le phénomène du vivant » sous la direction de Florence Burgat et Christian Summer. Editions Metis Presses (Genève).
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