Paul Watson : le géant vert

Ce Canadien a fondé Sea Shepherd, une organisation radicale de défense des baleines. À la COP21, il va demander l’interdiction de la pêche industrielle pendant vingt ans, afin que les mers se régénèrent.

Paul Watson reçoit VSD dans un café parisien, près de chez lui. Massif, tout en noir et blanc, il fait penser à une orque. Son sweat-shirt est frappé du logo pirate de Sea Shepherd, l’organisation écologiste radicale que ce dissident de Greenpeace a fondée voilà près de quarante ans.

Mais ce corsaire de 64 ans, au visage poupin, ne paraît pas son âge. L’amour, peut-être ? À la Saint-Valentin, Paul Watson a épousé, en troisièmes noces, la blonde Yana Rusinovich, chanteuse d’opéra kazakhe et militante du droit animal.« Mon français est très mauvais. Pourtant, j’ai des ancêtres bretons », précise, en anglais, ce natif de Toronto qui a grandi dans un village de pêcheurs. Aîné d’une fratrie de six enfants, c’est là, explique-t-il, qu’est née sa vocation : « J’avais nagé avec une famille de castors. L’été suivant, elle avait disparu, victime des trappeurs. Je me suis mis à détruire tous les pièges. J’avais 9 ou 10 ans. » Garde-côte puis marin au long cours, Watson cofonde Greenpeace en 1972.

Un jour, alors qu’il s’interpose entre un baleinier soviétique et un cachalot blessé, ce dernier se cabre au-dessus du canot des écolos : « Il aurait pu nous écraser. Mais il a compris qu’on était là pour le sauver ! Son regard si humain a changé ma vie. On sait désormais que les cétacés se désignent les uns les autres par des noms. » Mais Greenpeace juge que le Canadien enfreint le principe de non-violence. Et le vire. En juin 1977, Watson fonde la Sea Shepherd Conservation Society. Depuis, les « bergers de la mer » – quelques centaines de volontaires financés par des centaines de milliers de donateurs – revendiquent le sauvetage de milliers de baleines : à bord de leurs frêles esquifs, ils s’interposent entre les chasseurs et leurs proies. Ils n’hésitent pas à saborder les baleiniers !

Neuf navires ont ainsi été envoyés par le fond, et une pêcherie islandaise, détruite Dès 1994, la Norvège qualifie Watson de « terroriste ». En mai 2012, il est interpellé à l’aéroport de Francfort. Le Costa Rica demande son extradition pour une affaire remontant à 2002 : un bateau de Sea Shepherd avait malmené un chalutier qui braconnait dans une réserve. Placé sous contrôle judiciaire par la justice allemande, Watson rase sa moustache, met une perruque… et s’enfuit en bateau ! Il s’installe en France en juillet 2014, et pense y rester : « Interpol a émis une notice rouge à mon encontre. Comme pour les serial killers et les criminels de guerre ! » s’indigne-t-il. Afin que ses démêlés judiciaires ne perturbent pas le travail de son organisation, il a démissionné de ses fonctions.

Paul Watson défend mordicus son mode d’action, qu’il définit comme de « la non-violence agressive. Imaginez devant vous un braconnier prêt à tuer un éléphant. Si vous cassez son fusil, vous sauvez une vie. C’est ce qu’on fait lorsqu’on endommage un baleinier. Ni plus, ni moins. On n’a jamais blessé personne ! La chasse à la baleine est illégale depuis le moratoire de 1986. La Norvège, l’Islande et le Japon en ont pêché 25

000 pour des raisons ‘‘scientifiques’’, mais qui croit à ce mensonge ? » Greenpeace n’est pas la seule organisation écolo à contester les méthodes de Sea Shepherd. Prenons le cas des îles Féroé, un archipel danois situé entre la Norvège et l’Islande qui, chaque été, pratique le « grindadráp », une pêche aux dauphins globicéphales, rabattus dans une crique et massacrés à l’arme blanche. François-Xavier Pelletier, un militant écologiste français, prône le dialogue avec les Féringiens. Il estime que les opérations de Sea Shepherd ne font que braquer les insulaires. « Dans les années quatre vingt, on a discuté avec les Féringiens mais ça n’a rien donné, se justifie Watson. Alors on éloigne les globicéphales de l’archipel. »

 

Retrouvez l’interview intégral dans VSD 1988 (du 1er au 7 octobre 2015)

Cédric Gouverneur30/09/2015 21:55