06/07/2010

Certes, les insectes pollinisateurs sont encore répandus, et restent fidèles à leur fonction naturelle de fécondation des fleurs, devenant en même temps des auxiliaires des productions culturales. Mais ont-ils encore l’avenir devant eux ? Rien n’est moins sûr. Car les pressions qui s’exercent sur eux, depuis quelques décennies, et surtout depuis les années récentes, augurent mal de la survie de populations entières. On peut constater déjà des hécatombes de colonies d’abeilles, on les connaît, dans de nombreux pays, notamment occidentaux. En France, le chiffre de 30% de pertes pour ces colonies est avancé. Dans onze pays de l’Union européenne, 27% des populations d’abeilles sont sur une liste rouge, signifiant que les risques de leur disparition prochaine sont avérés. Les causes ? On les connaît aussi, bien qu’une certaine polémique existe pour privilégier les pistes principales. Mais en tout état de cause, l’utilisation massive des pesticides par l’agriculture intensive, depuis toujours, et la raréfaction des espèces florales, due à l’occupation des sols par les cultures, ne peuvent à la fois qu’affaiblir les insectes pollinisateurs et les priver de sources de nourriture.

Sur ce constat global, les spécialistes réunis dans le Grand amphithéâtre du Muséum national d’Histoire naturelle, le 23 juin, pouvaient afficher leur concordance. Et ils sont allés plus loin, en rappelant, chacun en ce qui concernait son activité, le rôle fondamental de la pollinisation, illustrant ainsi le thème choisi pour la rencontre, « Pollinisation, le gîte et le couvert ». Laquelle rencontre avait été organisée par L’Office national des forêts (ONF), la Société Européenne des Réalisateurs de l’Environnement (S.E.R.E.) et l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE).
Serge Gadoum, de l’OPIE, a fourni un exposé introductif sur la biologie, l’écologie et les systèmes de pollinisation des abeilles. Patrice Hirbec, pour l’ONF, a montré un intéressant exemple de « micro-habitats » proposés par son organisme : un « hôtel à abeilles », construction, comme son appellation l’indique, destinée à fournir un cadre de vie et de production rationnalisé et optimisé pour les abeilles.
L’importance essentielle des forêts, dans les paysages agricoles, pour la pollinisation, a été explicité par Christophe Bouget du Cemagref. Les forêts fonctionnent comme des « réservoirs » pour les insectes pollinisateurs, et dans l’écosystème de la forêt, la lisière, l’écotone, a une place capitale. Un projet du Cemagref existe pour l’observation des effets de lisière sur les habitats des insectes pollinisateurs. Christophe Bouget a rappelé aussi quelques données fondamentales : la reproduction de 80% des plantes à fleurs dépend de la pollinisation ; si un quart des cultures (blé, maïs, riz) n’est pas concerné par la pollinisation, les trois-quarts restants le sont, et ces trois-quarts représentent 35% du tonnage de la production agricole consommée par les humains. A titre d’exemples, la pollinisation intervient à 100% dans la production d’une légumineuse comme la luzerne, et à 50% dans celle d’un fruit comme la poire. Un autre programme a été décrit par Romain Julliard du Muséum, le Spipoll (Suivi photographique des insectes pollinisateurs). Il représente l’une des facettes d’un programme plus global, Vigie-nature, également du Muséum, pour surveiller l’évolution de la biodiversité. Spipoll, lui, s’attache donc aux pollinisateurs, et fait largement appel à la collaboration du public, invité à prendre des photos de ces insectes en cours de pollinisation, et à transmettre ces photos sur le site du programme, afin d’assurer un recensement-suivi des populations concernées. Une façon nouvelle, et prometteuse, d’associer tous ceux que le sort des pollinateurs intéresse à leur devenir. Il est temps…

A.Z.