logo journée Océan le 8 juinA l’occasion de la Journée Mondiale des Océans, le 8 Juin, se pose plus que jamais la question de la gouvernance marine.

Quelle protection accorder à la biodiversité, comment faire appliquer le concept de développement durable dans l’exploitation des ressources ?. Et comment arriver à des consensus, au niveau mondial, pour lutter contre la détérioration des écosystèmes marins,due aux changements climatiques, à l’effet de serre, à la pollution ?

 

Mardi de l’Environnement – 5 juin 2012 

Les océans surconsommés 

Au final, c’est bien de cela dont il s’agit : les hommes considèrent encore beaucoup trop les océans comme des réservoirs de ressources inépuisables, quand bien même toutes les études montrent à l’envi que la situation critique est atteinte. Jusqu’à l’époque récente, les étendues marines pouvaient faire preuve de résilience : c’est-à-dire se rétablir à leurs niveaux d’équilibre, après les détériorations. Mais c’est terminé. Les pressions sont trop fortes, et lors de ce Mardi de l’Environnement, les spécialistes invités l’ont bien rappelé.

Le président du Muséum national d’Histoire naturelle, Gilles Bœuf, a utilement, en ouverture, replacé ces problématiques dans leur contexte chronologique et biologique. Le vivant est apparu il y a 3,8 milliards d’années. La mer contient environ 300 000 espèces connues (contre 1,7 million recensé sur les continents). Elle joue un rôle fondamental dans l’équilibre climatique de la Terre, et de plus, elle est indispensable aux hommes, pour ses produits. 25 000 médicaments, par exemple, sont faits à partir de substances marines. Mais bien évidemment, c’est la pêche qui crée les problèmes les plus graves. Philippe Cury, directeur de recherches à l’IRD, joint par téléphone au Maroc, a rappelé que 80% des stocks de poissons sont surexploités. Les écosystèmes sont bouleversés, sans que l’on ne sache encore véritablement évaluer toute l’étendue de ces changements. François Chartier, chargé de campagne Océans à Greenpeace France, a parlé, lui, des deux autres travers de la pêche actuelle : la surcapacité des flottes, et les incapacités de la gouvernance mondiale maritime, puisqu’au-delà des 200 miles des Etats, « c’est le Far-West. » Les zones de protection de la biodiversité marine sont encore ridiculement insuffisantes, et s’agissant spécifiquement de ces questions au niveau européen, François Chartier estime que la politique européenne commune de la pêche doit être entièrement repensée.

Après les ressources, la question climatique, dans laquelle les humains ont aussi une lourde part de responsabilité. Mais d’abord,  le directeur de l’expédition Tara, Etienne Bourgois, a annoncé que la prochaine mission des scientifiques, en Arctique, l’an prochain, s’appliquera en bonne part à l’étude de la pollution des plastiques dans la zone … Une zone où le réchauffement constaté est de 2,5°C, quand pour l’ensemble du monde il est de 0,6°C. C’est dire que l’Arctique subit de plein fouet la détérioration induite par les activités humaines. Laquelle continue à être niée par certains : Gilles Bœuf s’est fait fort de souligner que « 40% des scientifiques américains ne croient pas au réchauffement climatique » !

Une autre représentante du Muséum, Pascale Joannot, spécialiste des coraux, Déléguée à l’Outre-mer et Chargée des collections, a évoqué le rôle fondamental des récifs coralliens. Pour elle, « ce sont des sentinelles du vivant ». Ils concernent directement un demi- milliard de Terriens, qui en tirent à 90% leur nourriture. Sans compter toutes les autres ressources qu’ils fournissent à l’ensemble de l’humanité. Et pourtant, 70% de ces écosystèmes sont menacés ou détruits.

Et pourtant encore, il existe quantité de formules pour rendre durable l’exploitation et la protection des océans. Gilles Bœuf a cité l’exemple intéressant du « sea ranching » des saumons, c’est-à-dire l’industrie du relâchement en mer des juvéniles de saumons élevés en captivité, puis leur capture, une fois qu’ils ont remonté les rivières. Pascale Joannot a exposé l’Initiative française pour les récifs coralliens, qui, si elle était partagée, pourrait stopper le processus de dégradation des récifs coralliens. François Chartier a mis l’accent sur les bénéfices « tous azimuts » d’une aquaculture biologique.

Mais pour l’heure, la situation est encore vraiment difficile. Le réchauffement climatique a des incidences certaines sur les organismes marins vivants. Le pH de l’océan baisse de plus en plus, en raison de l’intensification de la production terrestre de CO2,  et pour Gilles Bœuf, l’augmentation de l’acidification des eaux est un très mauvais service rendu à de nombreuses familles animales, qui ne peuvent plus produire leurs coquilles, et qui sont donc condamnées.

Selon François Chartier, les poissons disparaissent ou diminuent de taille, et par contre, les méduses prolifèrent. Peut-on réduire la demande humaine en poissons ? Il faut une volonté, et un changement des habitudes du public… En France, on en est encore loin, puisque cette consommation est de 34 kg par an, soit le double de la moyenne mondiale. Alors, pour donner un peu d’air pur, dans tous ces constats un peu déprimants, on pouvait, le soir du 5 juin, être sensible au témoignage par téléphone de Charles Braine, qui a quitté le WWF-France il y a un an, et qui s’exerce à la pratique de marin-pêcheur « durable » (pêche à la ligne et pêche sélective), en essayant de travailler en direct avec les consommateurs. 

dessin poisson illustration1 ILLUSTRATION POISSON

 

 

Pour partager cette information