Revue d’Actualité d’Alain Zecchini – Mardi de l’Environnement

 3 avril 2012

Evénements

  •  Le sommet de Rio mal engagé. Le prochain sommet de la Terre, Rio +20, semble mal parti. L’autorité organisatrice, le Commission des Nations unies pour le développement durable (CDD) a indiqué que rien de décisif par rapport au premier sommet, il y a vingt ans, ne serait signé, et qu’un nouveau traité serait donc exclu. Le contexte international, peu favorable à un accord global, explique cette position. La conférence se tiendra d’ailleurs sur trois jours seulement, du 20 au 22 juin, contre quatorze précédemment. En marge doit se tenir un Sommet des peuples, réunissant des acteurs de la société civile, pour répondre à cinq interrogations : le refus de la marchandisation du vivant, le respect de la nature, la défense de la souveraineté alimentaire, la consommation responsable, la lutte contre les discriminations.
 
  •  L’Equateur et la Bolivie inscrivent les droits de la nature dans leur constitution. Ces décisions remontent à plusi eursmois, mais elles prennent une lumière particulière dans la perspective de Rio +20. Ces droits stipulent, pour la nature, « Le plein respect de son existence, du maintien et de la régénération de ses cycles vitaux, de ses structures, fonctions et processus évolutionnaires. »

 

  • Catastrophe en mer du Nord ? Une très importante fuite de gaz se produit depuis le 25 mars sur une plate-forme de Total au large de l’Ecosse. Le risque majeur est celui d’une amplification des rejets de méthane dans l’atmosphère, qui sont actuellement de 200 000 m3 par jour. La mer est également touchée par une nappe fine d’hydrocarbures, sur 12 km2. Total a reconnu qu’il faudrait peut-être six mois pour colmater la fuite. Un bateau de Greenpeace est sur zone.

 

  • Epandage aérien de pesticides : la France réduit les interdictions. Sept pesticides pour épandage par voie aérienne ont été autorisés par une circulaire du 5 mars dernier. Six sont classés dangereux pour l’environnement et nocifs sur le plan toxicologique. Ils sont destinés à la culture de la banane et du riz. Tirant parti d’exceptions prévues par la loi Grenelle II du 13 juillet 2010, ces autorisations sont validées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail (Anses). Les dossiers de 16 autres pesticides ont été déposés pour examens à venir auprès de l’Anses.

 

  • La toxicité de produits chimiques sous-évaluée. Une vaste étude de chercheurs américains, parue dans la revue Endocrine Reviews, conclut à la sous-évaluation toxique d’une trentaine de molécules largement représentées dans l’industrie et les produits alimentaires. Aux faibles doses, non retenues habituellement comme toxiques, les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets neurologiques et physiologiques. Ce qui a été constaté chez des rats. Or jusqu’à présent, les expérimentations chez l’homme restent interdites.

 

  • Les forages expérimentaux pour le gaz de schiste avalisés par le gouvernement français. Via leurs Conseils spécialisés en ce domaine, les ministères de l’Economie et de l’Environnement ont donné leur accord de principe aux forages par fracturation hydraulique. Bien que la loi du 13 juillet 2011 interdise cette technique, une exception est prévue pour l’expérimentation. Ces forages seront néanmoins soumis au vote d’une nouvelle loi, qui pourrait être discutée au cours du second semestre 2013.

 

  • Le gaz de schiste suspecté de produire des tremblements de terre. Dans l’Ohio, aux Etats-Unis, l’exploitation du gaz de schiste est rendue responsable de séismes, même de faible amplitude. C’est la réinjection sous terre des eaux usées utilisées qui en est la cause. Ces eaux engendreraient une « lubrification » des failles et faciliteraient le développement des tensions qu’elles expriment.

 

  • La Chine exploitera le gaz de schiste. La Chine prévoit de produire 6,5 milliards de m3 de gaz de schiste en 2015, entre 60 et 100 milliards en 2020. Ses réserves sont supérieures à celles des Etats-Unis (plus de 25 000 milliards de m3).

 

  • Le Taj Mahal en mauvaise posture. Joyau de l’architecture moghole en Inde, le Taj Mahal s’affaisse, victime de l’assèchement du fleuve Yamuna, qui fragilise ses fondations en bois. L’eau du fleuve est pompée par les industries et les exploitations agricoles. Le fleuve Yamuna est par ailleurs extrêmement pollué par les eaux usées qui sont rejetées quotidiennement. Et le Taj Mahal lui-même est sujet à une pollution importante des usines proches.

 

  • En Chine, des villes se tassent sur elles-mêmes. Ces affaissements sont dus à l’exploitation des nappes phréatiques. Cinquante agglomérations en sont victimes. Depuis 1949, 79 000 km2 de terrain, dans l’ensemble du pays, ont baissé de plus de 20 centimètres.

 

  • Malgré Fukushima, le nucléaire a le vent en poupe. En Europe, 24 nouveaux réacteurs sont prévus ; aux Etats-Unis, de nouvelles tranches ont été validées ; l’Inde et la Chine tablent sur la construction de dizaines de réacteurs dans les années qui viennent ; et selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, la Turquie, les Emirats arabes unis, la Biélorussie, le Vietnam et le Bangladesh doivent bientôt construire des centrales nucléaires eux aussi.

 

  • Progression du virus de Schmallenberg en Europe. La Russie a suspendu depuis le 20 mars l’importation de tout bétail européen, officiellement pour empêcher la propagation sur son territoire du virus de Schmallenberg. Lequel s’attaque aux ovins surtout, et dans une moindre mesure aux bovins et aux caprins, dont les petits sont mort-nés ou déformés. Après l’Allemagne, la France est le pays le plus touché.

 

  • 23 projets « SOS » pour la biodiversité. Le fonds de conservation SOS (Save Our Species), initié par la Banque mondiale, l’UICN et le Fonds mondial pour l’environnement, a réuni 3,3 millions US$ pour 23 projets de sauvetage concernant, au total, plusieurs dizaines d’ espèces de mammifères, d’amphibiens et d’oiseaux. Parmi eux, le rhinocéros noir, le dugong, le léopard des neiges, la salamandre géante de Chine, les vautours, le condor de Californie. La France, par l’intermédiaire du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) s’est récemment jointe à cette initiative, avec une contribution de 1 million d’euros.

 

  • Les abeilles désorientées par le Cruiser. Selon une étude de l’INRA, l’insecticide Cruiser, utilisé sur les cultures de maïs et de colza, interfère avec le système de géolocalisation des abeilles. Celles-ci, désorientées, ne peuvent retrouver la ruche et meurent. Le ministère français de l’Agriculture attend l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, en mai, pour se prononcer, avant les semences, en juillet.

 

 Les professions

 

  • Un « juge de paix » pour les forêts en France. L’Office national des forêts vient de créer un poste de médiateur en Ile-de-France. Il est chargé de la communication, et de l’apaisement des tensions, entre l’ONF, les exploitants sylvicoles et les promeneurs. Le premier titulaire de ce poste est Sylvain Ducroux.

 

Carnet

 

  • Décès de Christiane Ruffier. Le 13 mars 2012. Journaliste naturaliste, elle avait été très active dans les combats en faveur de la biodiversité et de l’écologie.

 

  • Décès de Gilbert Simon. Le 28 janvier 2012. Une grande figure de la défense de la nature. Directeur de la chasse et de la faune sauvage au ministère de l’Environnement d’Huguette Bouchardeau, conseiller technique aux cabinets de Brice Lalonde puis de Ségolène Royal, puis directeur de la Nature et des Paysages au ministère, jusqu’en 1996. Inspecteur général de l’Equipement en 1997, directeur du Conseil supérieur de la pêche de 1999 à 2003. Président de l’association Ferus, il a beaucoup milité pour la protection de l’ours et du loup.

 

Manifestations

 

  • L’évaluation économique des services liés à la biodiversité, conférence de Bernard Chevassus-au-Louis. Ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle. Grande Galerie de l’évolution, Muséum, 16 avril 2012, 18h. www.jardindes plantes.net

 

 

Médias

 

  • « Sustainia », un monde virtuel pour l’écologie sur internet. Il sera lancé par Arnold Scharzenegger et la Commission européenne à l’occasion du sommet de Rio +20, du 20 au 22 juin prochain. Il est appuyé par le Pacte mondial des Nations unies, un regroupement de 4 000 entreprises et ONG s’engageant au respect de l’environnement.

 

  • « Les organismes génétiquement modifiés » numéro de Futuribles. Une somme très complète sur cette question. Mars 2012.

 

  • « Manipuler les humains pour sauver le climat », Courrier International, du 29 mars au 4 avril 2012.

 

  • « Brésil – l’Amazonie se rebelle », film de Pierre Bressiant. France 5, les 7, 19 et 25 avril, et 1er mai.

 

La citation du jour

« Au rythme actuel, le monde aura besoin, en 2030, de 50% de nourriture, 45% d’énergie et 30% d’eau en plus. Et dans ce monde-là, les plus compétitifs seront ceux qui sauront utiliser de la manière la plus efficace des ressources devenues plus rares. » Connie Hedegaard, Commissaire européenne à l’action pour le climat, Le Monde, 31 mars 2012.