Revue d’Actualité – Août 2016 – Alain Zecchini

champ vert et soleil 

Evénements

 

. L’accord de Paris sur le climat piétine. Seuls 25 pays actuellement ont ratifié l’accord de Paris sur le climat, et ils ne représentent qu’une infime portion des émissions de gaz à effet de serre. Or pour que cet accord entre en vigueur, il faut qu’il soit ratifié par 55 pays, qui contribuent à hauteur d’au moins 55% de ces émissions. La question se pose notamment pour l’Europe, parce que ce traité est à la fois de la compétence des Etats européens et de l’UE en tant que telle : les uns et les autres doivent ratifier le texte. Seules la France et la Hongrie ont jusque-là déposé leurs instruments de ratification. D’ici la COP22, en novembre, au Maroc, il ne devrait pas y avoir d’améliorations notables de la situation au niveau mondial. Le processus de l’après-COP21 est donc très ralenti. Sans compter que l’objectif de contenir à 1,5°C l’élévation des températures semble de plus en plus irréaliste. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) travaille sur cette question. Un rapport dédié devrait être discuté en octobre à Bangkok (Thaïlande) et finalisé en 2018. Mais d’ores et déjà les observations vont à l’encontre du maintien de la hausse à 1,5°C : au cours des six premiers mois de 2016, les températures ont déjà augmenté de 1,3°C par rapport aux niveaux préindustriels. Et 2015 est considérée comme l’année la plus chaude sur Terre depuis 1861. Les catastrophes climatiques, imputables au réchauffement et aux dérèglements de la « machine-Terre », se multiplient : incendies de grande ampleur, précipitations extrêmes, inondations, etc., dans la plupart des continents.

. Avec le réchauffement, le retour de maladies. Et notamment de l’anthrax, transmissible aussi bien aux animaux qu’à l’homme. C’est la fonte du permafrost, en Sibérie, qui libère cette bactérie très résistante, en sommeil depuis des décennies, emprisonnée par la terre gelée. Cet été, la température de la zone concernée (la péninsule de Yamal, au nord de la Russie) a oscillé entre 30 et 35°C, soit bien largement au-dessus de la moyenne habituelle de 17°C. Un enfant est mort de cette infection, ainsi que 2 500 rennes, l’élevage principal. Les scientifiques russes soulignent que l’augmentation des températures dans leur pays est deux fois supérieure à la moyenne mondiale ; et que l’ensemble de la Sibérie, mais aussi l’Arctique russe, sont particulièrement vulnérables, le réchauffement y étant plus prononcé.

. Une bibliothèque de glaces, pour les préserver.C’est un vaste projet en cours afin de récolter des échantillons (des « carottes ») de la plupart des glaciers du monde : intitulé « ProtectingIce Memory », il stipule de les conserver comme références pour les temps futurs dans un espace de stockage sous le sol de l’Antarctique, à une température moyenne de -54°C, dans le périmètre de la base franco-italienne Concordia.  Le col du Dôme, en France, est le premier site retenu, en 2016. D’autres devraient suivre dans les années suivantes dans le monde.

. Depuis le 8 août 2016, la Terre à crédit. Elle a atteint, ce jour-là, le stade où l’espèce humaine a consommé plus de ressources qu’elle ne peut en produire en un an. C’est le diagnostic du « Global Footprint Network », un institut américain, qui détermine depuis 1970 le jour de dépassement pour la planète. Ce jour, année après année, survient de plus en plus tôt, signe évident d’une dégradation continuelle de l’état de la Terre, surexploitée et surconsommée.

. Le bio en France progresse. En 2015, les surfaces consacrées à l’agriculture biologique ont augmenté de 17%, pour représenter 1,3 million d’hectares. Soit 4,9% du territoire agricole total.

. Menaces sur le Grand Canyon. Le fleuron des parcs américains est soumis à plusieurs pressions importantes, qui risquent de remettre en cause son statut de préservation : tentatives de compagnies énergétiques pour relancer l’extraction de l’uranium, projets de promoteurs pour accroître considérablement le nombre des touristes, survols intensifiés d’hélicoptères, menaces pour rogner les budgets de subventions, sans compter le réchauffement climatique. Les élus républicains et les lobbies conservateurs soutiennent ces projets d’exploitation, et une attitude ferme du président Obama tarde encore à venir pour s’y opposer.

. Renforcement en France de la lutte contre le braconnage d’éléphant et de rhinocéros. La ministre Ségolène Royal  a signé en août un arrêté interdisant le commerce de l’ivoire d’éléphant et de corne de rhinocéros sur le territoire, sauf dérogations (commerce des antiquités, commerce et restauration d’objets travaillés entre 1947 et 1975).  La loi sur la biodiversité, votée en juillet, avait renforcé les amendes en cas de trafic d’espèces protégées : décuplement en cas d’infraction simple (passant à 150 000 €), multiplication par cinq en cas de trafic en bande organisée (jusqu’à 750 000 €).

. Le trafic des loutres en Asie s’intensifie. De plus en plus recherchées pour leurs peaux et comme animaux domestiques, les loutres font l’objet, en Asie, d’un braconnage qui a largement augmenté ces dernières années. Un rapport de l’ONG Traffic souligne qu’une quinzaine de pays asiatiques sont concernés par ces prises illégales, qui mettent en jeu le devenir des populations de loutres. Les auteurs estiment que jusqu’à présent, le sort de ces animaux n’était pas considéré comme prioritaire, car ils ne sont pas aussi emblématiques que d’autres, éléphants, tigres, ours, etc.

. Les requins-baleines, les requins-marteaux planeurs et les orangs-outans sont aussi en difficulté. Trois espèces, selon l’UICN, qui sont directement engagées dans la voie de l’extinction. Au cours des 75 dernières années, le nombre des requins-baleines a été divisé par deux  par la pêche. Les requins-marteaux planeurs sont également pêchés et pris dans les filets. Quant aux orangs-outans, ils voient leurs habitats se réduire drastiquement du fait des cultures d’huile de palme, de caoutchouc, et ils sont supprimés par les villageois.

. En Chine, encore et toujours des fermes d’animaux sauvages.  La révision en cours de la loi chinoise sur la « protection des animaux sauvages » semble n’être qu’un leurre destiné à faire oublier la réalité actuelle en ce domaine. Le projet de loi, d’ailleurs, ne cache pas une composante considérée comme importante par les autorités compétentes, qui est celle de l’ « utilisation » de ces animaux. On estime que plus de  200 espèces de faune sauvage sont exploitées dans ce pays. Il y a, par exemple, 200 fermes de tigres, qui « élèvent » de 5 000 à 6 000 individus pour leur fourrure et leurs os; des dizaines, ou des centaines, de fermes d’ours, qui renfermeraient 10 000 de ces plantigrades, pour leur bile ; sans doute également des dizaines de fermes de rhinocéros, pour leur corne. Le marché chinois est le premier au monde pour la consommation des produits de faune – mais également de flore- sauvages.

 

Manifestations

 . Congrès mondial de l’UICN, Hawai (Etats-Unis), 1-10 septembre 2016.

 . COP17, CITES. 17ème session de la Conférence des Parties, Johannesbourg (Afrique du Sud), 24 septembre-5 octobre 2016.

 . Antarctica. Biodiversité et enjeux dans l’Antarctique. Musée des Confluences, Lyon, jusqu’au 31 décembre 2016.

. Insectes, hommes et biodiversité. Espace Mendès-France, Poitiers, jusqu’au 31 décembre.

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