La revue d’actualité de la SERE par Alain Zecchini

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Evénements

  • La fin des hydrocarbures conventionnels en France. C’est la mesure-phare annoncée par
    le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, parmi toutes celles qui sont prévues
    dans le champ d’action de son ministère. Toute production d’hydrocarbures conventionnels
    (pétrole, gaz) serait interdite en 2040. Ce qui permet la continuation de l’exploitation jusqu’à
    cette date, mais non les permis d’exploration, qui seraient, eux, non autorisés, et ce, dans les
    temps immédiats qui viennent. Les hydrocarbures non conventionnels (gaz et pétrole de
    schiste) seraient définitivement interdits. Mais seuls ceux, liquides ou gazeux, qui sont
    localisés dans la roche-mère, et les hydrates de méthane dans les mers ou sous le pergélisol.
    Les hydrocarbures non conventionnels contenus dans les couches de charbon ne seraient pas
    concernés. Ces mesures sont contenues dans un projet de loi qui sera discuté cet automne au
    Parlement. La production française de pétrole et de gaz représente 1% de la consommation
    nationale, ce qui réduit quelque peu la portée de ces annonces. Par ailleurs, le ministre entend
    agir contre la pollution, et la ramener dans les villes sous les seuils autorisés et réglementés au
    niveau européen ; créer de nouvelles réglementations d’étiquetage des produits alimentaires,
    notamment pour supprimer la présence de perturbateurs endocriniens et de pesticides ;
    favoriser le bio dans la restauration collective ; parvenir à de nouvelles pratiques dans la
    gestion des grands carnivores, surtout le loup et l’ours, dont les présences continuent à être
    l’objet de conflits et de tensions.
  • L’humanité vit à crédit. Depuis le 2 août dernier, la planète consomme plus qu’elle ne
    produit. L’indice du « jour du dépassement de la Terre » compare l’empreinte écologique des
    humains, c’est-à- dire leur exploitation des ressources naturelles, avec la biocapacité de la
    planète. Cet indice est, à la date mentionnée, de 1,7. Il faudrait 1,7 Terre pour nourrir tous ses
    habitants uniquement avec les ressources disponibles. En d’autres termes, la Terre comme
    capital s’épuise de plus en plus.
  • Les mines saccagent l’environnement. Le Tibet est soumis à une exploitation intensive de
    ses ressources naturelles, et en premier lieu celles du sous-sol et du sol. Sa région incluse dans
    la province chinoise du Sichuan contient les plus importants gisements de spodumène d’Asie,
    un minerai dont on extrait le lithium, utilisé pour les batteries électriques rechargeables. Les
    mines se situent dans la préfecture de Ganzê. Deux épisodes de pollution, en 2013 et en 2016,
    ont affecté les rivières. Les viaducs et les tunnels sont en construction partout. De nombreux
    barrages sont prévus. L’Etat chinois prévoit d’investir des milliards d’euros dans les cinq ans
    à venir. L’environnement dévasté affecte la vie des habitants, éleveurs et nomades
    particulièrement, qui n’ont que très peu de moyens d’accès pour se faire entendre.
    Aux Philippines, c’est le nickel qui est responsable de la dégradation des sols et aussi de
    l’élément marin. Le pays est le plus gros producteur mondial de ce minerai. La latérite se
    déverse dans les cours d’eau, et jusque dans la mer, réduisant drastiquement les capacités de
    pêche côtière ; affecte les fermes d’aquaculture et les champs de riz ; les mines étant
    exploitées à ciel ouvert, leur capacité de pollution est accrue avec la survenue des typhons,
    très fréquents dans ce pays. Le président actuel, après avoir nommé une ministre de
    l’environnement décidée à combattre les trusts du nickel, l’a limogée, pour la remplacer par
    un de ses protégés.
  • Mort des palmiers sur la Côte d’azur ? Le constat est sans appel, et les perspectives plutôt
    sombres : les palmiers de la Côte d’azur semblent promis à une mort sinon inévitable, du
    moins largement engagée. Ils sont attaqués par un charançon rouge, un insecte venu d’Asie.
    Les pessimistes estiment à deux ou trois ans la survie de Phoenix canariensis, le palmier des
    Canaries, une espèce présente partout. Plusieurs milliers d’arbres ont déjà été abattus sur la
    Riviera, dans plusieurs communes. Certains d’entre elles ont néanmoins mis en place, et avec
    succès, une procédure de « vaccination » des arbres avec l’injection d’un produit
    phytosanitaire, de l’émamectine benzoate. Mais d’autres, comme Nice, y sont réticentes. Et le
    frein vient aussi des propriétaires privés, qui pour la plupart ne veulent faire face aux
    dépenses nécessitées par ce traitement.
  • De nouvelles « rivières sauvages » en France. Une « rivière sauvage », c’est une rivière
    « vierge de toute transformation par l’homme » (ou presque, en pratique). Deux nouveaux
    cours d’eau ont reçu cette appellation avant l’été, un tronçon du Léguer (Manche) et le Nant
    Bénin (parc national de la Vanoise, Alpes). La première rivière ainsi labellisée a été la
    Valserine (Savoie) en 2014. Depuis, une petite dizaine d’autres ont été distinguées en
    métropole.
  • Le bio privé d’aides. 900 millions d’euros jusque-là affectés à la PAC (politique agricole
    commune) et en pratique à l’agriculture intensive, devaient revenir en soutien à l’agriculture
    bio en France. Mais seulement 60% de cette somme seront attribués au bio, le reste, en
    décision du ministre de l’Agriculture, à l’agriculture de montagne. De plus les « aides au
    maintien » (une assistance financière durant les premiers temps de reconversion au bio) sont
    supprimées. Malgré une augmentation de la consommation de bio de 20% en 2016. Par
    ailleurs ont été mises en lumière les pratiques de la grande distribution vis-à- vis de la filière
    bio. Selon une étude de l’UFC – Que choisir, les distributeurs exigent des « sur-marges » des
    producteurs de bio, ce qui grève largement le coût des produits pour les consommateurs.
  • Le déclin des éléphants en chiffres. Le nouveau bilan du nombre d’éléphants d’Afrique fait
    par la Commission de survie des espèces (SSC) de l’UICN montre que les effectifs de cet
    animal ont été réduits de 104 000/114 000 individus (relevés et estimations) de 2007 à 2016.
    Au total, ces effectifs seraient actuellement de 415 428 +/- 20 111 individus. Toutefois ces
    chiffres sont à relativiser, dans la mesure où les études n’ont pu concerner que 62% de l’aire
    de répartition de l’animal (même si les 38% restants, selon toute probabilité, n’auraient que
    des densités d’éléphants assez faibles). Il pourrait y avoir une centaine de milliers de
    pachydermes supplémentaires.
  • En Roumanie, la chasse à l’ours et au loup est favorisée. Estimant que ces deux espèces
    créaient des dommages et représentaient des menaces pour les humains, le ministère roumain de l’Environnement a autorisé l’abattage ou le « déplacement » de 140 ours et de 97 loups, provoquant les critiques des associations protectrices de l’environnement. Le pays compte
    environ 6 000 ours bruns (la plus grosse population d’Europe) et entre 2 500 et 3 000 loups.
  • Réapparition du requin-taupe sur les côtes bretonnes. Dans les Côtes-d’Armor. Victime
    de la surpêche pendant des années, l’espèce avait disparu. Depuis 2010, sa pêche est interdite
    dans les eaux communautaires.
  • Une loi protégeant les animaux au Liban. Fin août, elle a été signée par le chef de l’Etat.
    Elle réglemente la possession d’animaux domestiques, l’utilisation d’animaux par les zoos et dans les animaleries, tout en interdisant la détention par les particuliers d’animaux sauvages ou menacés.

Les professions

  • Mort d’un défenseur des éléphants. Wayne Lotter, un Sud-africain installé en Tanzanie,
    farouche défenseur des éléphants, a été abattu par balles dans la nuit du 16 au 17 août dernier.
    Il avait créé la Protected Aera Management Solutions (PAMS), une association qui luttait
    contre le trafic des espèces sauvages. Il avait ainsi contribué à démanteler d’importants
    réseaux de braconniers, en étroite collaboration avec l’unité tanzanienne de lutte anti-
    braconnage et les communautés. Grâce à ce travail, le trafic d’ivoire en Tanzanie avait été
    réduit de moitié ces dernières années.
  • Ségolène Royal, ambassadrice des pôles. L’ancienne ministre de l’Environnement a été
    nommée « Ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et
    antarctique ».

Médias

  • « Ecologie intensive. La nature, un modèle pour l’agriculture et la société » de Michel Griffon. Editions Buchet-Chastel.
  • Festival du film d’exploration scientifique et environnementale. La Ciotat (13)F, Cinéma Eden Théâtre, du 14 au 17 septembre. Contact 04.88.42.17.60.