Revue d’Actualité – Janvier 2017 – Alain ZECCHINI

 

Evénements

  • La présidence Trump au centre des controverses. A peine élu, le nouveau président américain a commencé à mettre en œuvre son programme électoral, ce qui suscite des oppositions grandissantes. Le front de l’environnement est particulièrement concerné, indirectement ou directement. Indirectement, avec les effets attendus de la suppression du traité de libre-échange transpacifique. Directement, avec la décision de relancer deux projets d’oléoducs qui avaient été gelés par le président Obama. Le premier, Keystone XL, le plus emblématique, se proposait de relier, sur 1 900 km de long, les champs de sable bitumineux de la province de l’Alberta, au Canada, aux raffineries américaines situées dans le golfe du Mexique. Le second projet, Dakota Access, devait relier les gisements de pétrole de schiste de l’Etat du Dakota du nord à l’autre Etat de l’Illinois. S’ajoutent à ces problématiques des mesures restrictives pour l’Agence de protection de l’environnement (EPA) : il lui a été demandé non seulement de limiter drastiquement sa politique de communication, mais encore  de geler les financements qu’elle octroyait habituellement pour des travaux de recherche, des bourses, des projets intéressant l’environnement.
  • Des promoteurs à l’œuvre dans un parc national. Au Monténégro, dans le lac Skadar, le plus grand lac du sud de l’Europe (dans son extension maximale, cinq fois la taille de Paris).
    Le gouvernement monténégrin a accordé une concession pour construire une zone de « villégiature », avec villas, marina, piscines, etc. à la société Montenegro Resort Company. Les travaux ont commencé. La finalisation est prévue pour 2019. Aucune concertation réelle n’a été entreprise avec la population.
  • Boues rouges françaises en Méditerranée : enquête de la Commission européenne. La société Alteo, à Gardanne (Var),  produit des alumines à base de bauxite. Les résidus sont des effluents liquides, des boues rouges. Depuis 1966, ces résidus avaient été rejetés en mer, par millions de tonnes. En décembre 2015, par dérogation d’un arrêté, la société avait été autorisée à les déverser, via une canalisation, à 7 kilomètres du littoral. Or ces boues sont très toxiques (nombreux contaminants, dont l’arsenic). La Commission demande donc au gouvernement français, par une procédure de pré-contentieux, à s’expliquer sur les conditions dans lesquelles cette dérogation a été accordée. Elle inclut dans son enquête les déchets solides également produits par Alteo, et qui font eux l’objet d’un entreposage à terre.
  • Le gaz de schiste dans la forêt de Robin des Bois. La forêt anglaise de Sherwood, célèbre pour avoir été le refuge de Robin des Bois et de sa bande, est sous la perspective d’une exploitation du gaz de schiste. Un puissant groupe anglo-suisse de la chimie, Ineos, devrait commencer bientôt une prospection, avec l’accord du gouvernement anglais. Les opposants s’organisent et promettent de faire capoter le projet.
  • Le pétrole de schiste repart aux Etats-Unis. Profitant de la hausse des cours du pétrole, les investissements dans l’industrie du pétrole de schiste se multiplient. Des majors américaines rachètent de petites compagnies exploitant cette ressource dans le Bassin permien, à l’ouest du Texas et à l’est du Nouveau-Mexique. Ce bassin est considéré comme la zone la plus prometteuse des Etats-Unis, parmi les sept où cette industrie est installée. La société ExxonMobil  a fait les plus gros investissements récents, suivie par Noble Energy.
  • Les forêts naturelles se raréfient encore. Celles qui sont exemptes d’infrastructures et d’activités humaines. Elles représentent 12 millions de km2, sur les 58 millions de km2 de forêts dans le monde. Elles ont diminué de 7,2% entre 2000 et 2013, soit 920 000 km2. Le phénomène s’accélère depuis 2011.
  • L’environnement à l’ordre du jour du Parlement français. Plusieurs propositions de loi intéressant l’environnement sont actuellement en discussion devant l’Assemblée nationale ou le Sénat :
    • Un texte visant à « verdir » l’exploitation du sous-sol. En clair, l’adaptation du code minier au droit de l’environnement. Avec un codicille important, déposé par des députés PS et Europe Ecologie Les-Verts, visant à interdire totalement l’exploration et l’exploitation des gaz et huiles de schiste.
    • Un texte sur « l’adaptation des territoires littoraux aux changements climatiques ». Il donnerait aux élus de ces territoires de nouveaux outils juridiques pour faire face aux défis de ces changements. Le littoral français, long de 20 000 km, est de plus en plus affecté par l’érosion, tout particulièrement. Il est estimé que 22% des côtes reculent, de 10 cm jusqu’à 8 m par an. Mais la polémique n’a pas tardé à surgir à propos de ce texte, car de nombreux amendements ont été votés par le Sénat, qui auraient pour effet de réduire sensiblement les protections des côtes que met en œuvre la loi littoral, en accordant des dérogations pour des constructions supplémentaires dans ces zones à risques.
    • Un troisième texte, qui a institué, en première lecture à l’Assemblée nationale, et à la surprise générale, l’obligation d’installer des systèmes de vidéosurveillance dans les abattoirs, à partir du 1er janvier 2018. Et plus largement, dans « tous les lieux d’acheminement, d’hébergement, d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage et de mise à mort ».
    • Enfin un texte contre l’accaparement des terres, un phénomène qui commence à être de plus en plus constaté en France, et qui est considéré comme inquiétant. Il vise à maintenir la souveraineté nationale en matière alimentaire, et veut garantir le modèle français d’exploitation familiale. Or les terres agricoles diminuent de 70 000 ha par an depuis 2006, et sont exposées à une libéralisation du marché foncier, marquée par le développement de grandes, voire très grandes, exploitations. Le texte entend notamment renforcer le pouvoir des Safer, pour empêcher les prises de contrôle non souhaitables d’exploitations. Il prévoit par ailleurs la mise en œuvre de dispositifs de biocontrôle, pour réduire l’utilisation des pesticides.
  • Les pangolins très menacés. Les huit espèces de pangolins (quatre en Afrique et quatre en Asie) sont les mammifères qui font l’objet du plus important trafic dans le monde. Ils sont abattus pour leur chair (considérée comme un mets de luxe) et pour leurs écailles (selon les indications de la Médecine chinoise traditionnelle, elles seraient utiles pour favoriser la circulation du sang, stimuler la lactation, réduire les enflures, supprimer le pus, quand bien même, comme pour la corne de rhinocéros notamment, elles sont constituées de kératine, le composant des cheveux ou des ongles). Un récent rapport de l’ONG Traffic sur le commerce de cet animal, qui fait l’objet d’une consommation partout en Asie et tout particulièrement en Chine, estime que la demande pour les écailles est en constante augmentation, celle pour la chair « apparemment » en légère baisse. Les pangolins sont classés en annexe II de la CITES – commerce international réglementé, avec un quota zéro pour les espèces asiatiques. Mais cela ne représente qu’une protection formelle. Le commerce illégal est extrêmement répandu. On estime que dans la dernière décennie, au moins un million de pangolins ont été braconnés. La dernière illustration en date de ce trafic a été fournie par la découverte par les douanes chinoises, fin décembre 2016, à Shanghai, de trois tonnes d’écailles de pangolins, soit l’équivalent de 7 500 animaux.
  • Le maïs est l’ennemi du grand hamster. L’irrésistible progression de la culture du maïs dans la plaine d’Alsace, en France, l’habitat du grand hamster,  a des effets très pervers pour cet animal. Des chercheurs ont découvert que la surconsommation de cette céréale pousse les femelles de l’espèce à dévorer leurs petits. L’étude a ainsi montré qu’un régime alimentaire essentiellement maïsicole avait conduit ces femelles à ce comportement, pour 95% de leur progéniture. L’explication tiendrait dans la carence en vitamine B3 dans le maïs, qui affecte le système nerveux central. Chez l’homme, cette surconsommation de maïs est connue avec la maladie de la pellagre, qui a tué deux à trois millions de personnes dans le passé, et qui se caractérise notamment par des démences et la propension aux homicides. Le hamster ne subsiste plus qu’à raison de 400 à 800 individus en Alsace, quand le seuil de viabilité est estimé à 1 500 individus. Son alimentation traditionnelle de multi-céréales a disparu. Il a été pourchassé, piégé, par les agriculteurs, ses terriers inondés. Depuis plusieurs décennies la France reçoit les admonestations des instances européennes, qui lui reprochent de ne rien faire de concluant pour sauver l’espèce. De fait, plusieurs plans de « sauvegarde « ou de « restauration » ont été élaborés, mais n’ont pas eu d’effets sur le terrain, manquant d’incitations effectives.

 

Médias

  • « Manifeste animaliste. Politiser la cause animale » de Corine Pelluchon. Editions Alma.
  • « La basse-cour idéale » de Jean-Claude Périquet. Editions Delachaux et Niestlé.
  • « La Bible des plantes qui soignent » de Michel Pierre. Editions Chêne.

 

Manifestations

  • Salon de l’agriculture. Paris, porte de Versailles, 25 février – 5 mars 2017.