Revue d’Actualité d’Alain Zecchini – Mardi de l’Environnement

Juillet 2012

Evénements

. Rio + 20 : un échec programmé. La conférence des Nations unies sur le développement durable, qui s’est tenue à Rio de Janeiro (Brésil), du 20 au 22 juin dernier, a produit des résultats pour l’essentiel décevants, et bien en-deçà des attentes qu’elle pouvait susciter en raison de l’urgence des problèmes mondiaux en la matière. La raison essentielle, sans doute, de cet échec, c’est la priorité accordée, par les décideurs de la planète, non à l’environnement, mais à la crise économique, et au moyen avancé pour en sortir, la reprise de la croissance. Une crise qui renforce les positions antagonistes anciennes entre pays en développement et pays industrialisés, comme entre plusieurs de ces derniers pays.

Quatre points majeurs étaient à l’ordre du jour.

–  La gouvernance mondiale dans le domaine de l’environnement : le projet d’Organisation mondiale de l’Environnement, largement défendu par l’Europe, et particulièrement par la France, a été refusé ; à la place, un renforcement des moyens du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) est prévu, mais sans précisions pour l’instant.

– L’économie verte. Les pays en développement se sont montrés hostiles à toute avancée réelle en ce domaine, considérant qu’il représente une entrave à l’essor de leurs économies, et étant hostiles au nouveau modèle de croissance avancé par les Nations Unies.

– La protection des océans. Certes, la biodiversité marine a fait l’objet d’un consensus sur la nécessité de prendre des mesures pour assurer sa conservation (s’agissant de la pêche, notamment) ; mais le projet de statut de la haute mer (au-delà des eaux nationales, là où ne s’exerce aucune réglementation) a sombré, en grande partie devant l’opposition des Etats-Unis.

– Les Objectifs du développement durable. C’est la seule question qui a reçu un début de réponse véritable. Les Objectifs du Millénaire arrivant à échéance en 2015, il a été décidé de leur donner une suite avec ces Objectifs du développement durable, à partir de cette date, donc. Il reste toutefois à définir, et à trouver, les financements nécessaires, les pays en développement estimant qu’ils incombent aux pays industrialisés.

Les Nations unies n’en ont pas moins annoncé que les engagements pris par les Etats et les entreprises en faveur du développement durable, à Rio, s’étaient élevés à 408 milliards d’euros. Toutefois en l’absence de clauses exécutoires, ces engagements doivent être confirmés.

 

. France : une ministre de l’Environnement doit céder aux pétroliers. La nouvelle ministre de l’Environnement du premier gouvernement de François Hollande, Nicole Bricq, a quitté son poste, en juin, en raison de ses positions concernant les forages pétroliers au large de la Guyane. Elle avait d’abord suspendu (en accord avec le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg) les autorisations de forage du groupe Shell, arguant que les garanties environnementales de ce groupe n’étaient pas suffisantes. Les pressions de l’industrie pétrolière, et particulièrement du groupe Shell, au plus haut niveau des instances de l’Etat, ont conduit à son départ du ministère de l’Environnement, et à sa nomination au ministère du Commerce extérieur. Elle a été remplacée par Delphine Batho. Les permis d’exploration de la compagnie pétrolière ont été renouvelés.

 

. La Corée du sud reprend la chasse à la baleine. La 64ème session de la Commission baleinière internationale (CBI) s’est tenue à Panama, du 2 au 6 juillet. Elle a été marquée, comme toujours, par les oppositions entre défenseurs des baleines et partisans de leur exploitation. Les premiers ont marqué des points avec le rejet d’une demande du Danemark d’augmenter les quotas de chasse pour le Groenland et avec l’obligation signifiée au Danemark d’arrêter toute chasse fin 2012. Les seconds ont obtenu le rejet d’un projet de création d’un sanctuaire baleinier dans l’Atlantique sud ; et surtout, la Corée du sud a annoncé son intention de reprendre les chasses « scientifiques » (autorisées par la CBI, mais qui ne sont que des chasses commerciales déguisées) qu’elle avait abandonné en 1986, une décision lourde de conséquences. Ces chasses n’étaient jusqu’à présent pratiquées que par le Japon. Un pays, par ailleurs, où il a été estimé que les stocks d’invendus de viande de baleine atteignaient près de 6 000 tonnes : contrairement aux assertions officielles, cette viande n’est plus que rarement consommée maintenant, et l’industrie de la chasse à la baleine est largement déficitaire.

 

. Un projet gigantesque de géothermie en Afrique. Le plus important projet en ce domaine est lancé au Kenya, sur le site de Menengaï, non loin de la capitale Nairobi. Il consiste à libérer la vapeur de nappes aquifères très profondes ( plus de 3 000 mètres) afin de produire de l’électricité. La première phase du projet doit permettre de livrer un champ de vapeur de 400 mégawatts d’ici à fin 2015.

 

. Retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR en France. Cette mesure, concernant un pesticide utilisé sur le colza, a été prise par le ministre de l’agriculture le 29 juin. Elle était demandée depuis longtemps par les apiculteurs, qui dénonçaient les effets létaux du pesticide sur les abeilles. La firme agrochimique productrice, Syngenta, a annoncé son intention de porter l’affaire en justice pour que cette décision soit annulée.

 

. La France consomme davantage de pesticides. En 2011, le marché français des pesticides a crû de 1,3% en volume et 5% en valeur. La France est le premier marché européen pour les pesticides. L’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) a estimé, en juin, que de 5 à 25% de ce marché était d’origine illégale. La plaque tournante de ce trafic (qui concerne toute l’Europe) est l’Ukraine, les pesticides illégaux (interdits par l’Union européenne, à cause de leurs effets néfastes sur le système endocrinien) étant produits en Chine.

 

. La Chine, bien plus gros émetteur de CO2 que prévu. Des chercheurs de l’Académie des sciences chinoise ont révélé qu’il fallait largement rectifier à la hausse les chiffres d’émission de CO2 avancés par les autorités. Pour l’année 2010 notamment, ce sont 1,4 milliard de tonnes supplémentaires qu’il faut prendre en compte (au total, 9,084 milliard de tonnes au lieu de 7,693 milliard de tonnes). Si ce n’est que depuis 2010 que la Chine reconnaît être le premier émetteur mondial de carbone, il faudrait remonter à 2004 ou 2005, en réalité.

 

. Les gaz du diesel sont cancérogènes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé, le 12 juin, les gaz d’échappement des moteurs diesel, avec certitude, comme cancérogènes pour l’homme. En France, 60% des véhicules sont équipés de moteurs diesel.

 

. Des fourmis au secours d’un écosystème. Des chercheurs de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie (IMBE) font appel aux fourmis pour aider à la reconstitution des cinq hectares de la réserve naturelle des Coussouls de Crau (Bouches-du-Rhône), en France, polluée par 4 500 000 litres de pétrole échappés d’un oléoduc en 2009. Depuis, 75 000 tonnes de terre polluée ont été évacués, et de la terre de steppe a été apportée. Deux espèces de fourmis de la plaine de Crau se nourrissent de graines présentes dans cette steppe. Elles ont « reçu pour mission », en raison de leur comportement naturel, de disséminer les graines et de favoriser ainsi la remise à niveau de cet écosystème. Ces espèces seront donc largement implantées dans la zone à restaurer. L’opération est présentée comme une première mondiale.

 

. Espèces menacées en France : de nouveaux constats alarmants. La France se situe au 5ème rang mondial de la Liste Rouge de l’UICN des espèces menacées, tant animales que végétales. Cette position s’explique par la grande biodiversité présente dans les collectivités d’outre-mer. Par ailleurs, l’UICN France a aussi établi que plus du  quart des crustacés d’eau douce (28% des 576 espèces) étaient en danger, et particulièrement les écrevisses.

 

 

Publications

 

. «  Le point de vue animal, une autre version de l’histoire » d’Eric Baratay. Editions du Seuil.

 

 

Le fait du jour

 

. L’avion « Solar Impulse » a réussi le premier vol intercontinental d’un appareil propulsé par l’énergie solaire, le 5 juin, en reliant Madrid (Espagne) à Rabat (Maroc), avec une traversée de la Méditerranée, en 18h30.

 

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