Revue d’Actualité de la S.E.R.E. – Novembre 2015

La COP 21 s’ouvre à Paris dans un climat tendu

 

Evénements

 . Sur fond de menaces terroristes. La 21ème conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), prévue du 30 novembre au 11 décembre à Paris, est affectée par les attentats du 13 décembre à Paris (132 morts, 352 blessés, bilan provisoire), dus à l’Etat islamique (Daech). Les mesures de sécurité ont été largement augmentées, en raison des menaces potentielles, et au nom de l’état d’urgence décrété par le gouvernement français. 138 chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus, 10 000 représentants de 196 délégations nationales, 14 000 associations, 3 000 journalistes et 45 000 personnes par jour pour le public. La marche mondiale pour le climat, prévue le 29 novembre, a été annulée. Les rencontres, à l’intérieur du site, d’Espaces générations climat, ouvertes au grand public, ont été limitées. Par contre le sommet climat des maires du monde, le 4 décembre, aura bien lieu à Paris.

Le contexte terroriste global pourrait représenter un risque de minorer les enjeux écologiques représentés par cette conférence. Dorénavant, les Etats se doivent de porter l’accent sur les investissements (à tous les niveaux) de défense (comme ceux de l’économie le sont déjà). Ainsi, le COP 21 fournira-t-elle les réponses aux problématiques pour lesquelles on la met en œuvre ? Plusieurs points forts restent en suspens.

– En effet, les contributions nationales présentées pour réduire le niveau des émissions de gaz à effet de serre se traduisent, pour l’instant, par un réchauffement de 2,7°C d’ici à 2100. Soit déjà significativement plus que les 2°C qui avaient été prévus depuis longtemps. Cette température de 2,7°C serait induite par des émissions de 55,2 milliards de tonnes de CO2 en 2025, de 56,7 milliards de tonnes en 2030, contre 49 milliards de tonnes en 2010. Même si, par habitant, les chiffres pour 2025 et pour 2030 sont en baisse par rapport à celui enregistré en 2010, ils n’en représentent pas moins de nouveaux seuils très préoccupants. Pour limiter le réchauffement à 2°C, des émissions de 30 à 50 milliards de tonnes ne doivent pas être dépassées.

– C’est pour tenter d’améliorer le texte qui avait été retenu comme base des travaux qu’une réunion d’une soixantaine de ministres de l’environnement et de l’énergie s’est tenue à Paris, du 8 au 10 novembre. Le point principal en discussion, bien sûr, était celui de l’augmentation de température, et des engagements supplémentaires demandés aux Etats afin de contenir cette augmentation. On sait notamment que les pays gros consommateurs (et /ou producteurs) d’énergies fossiles sont peu disposés à réduire leurs activités ; et que les énergies renouvelables ne peuvent prétendre actuellement, et jusque dans un avenir somme toute assez lointain, prendre le relais.  L’autre point essentiel de cette réunion était de faire le point des financements promis par le Nord pour aider le Sud en matière de lutte contre le réchauffement. Si les 100 milliards de dollars par an semblent devoir être atteints, ils devraient s’augmenter largement dans les décennies suivantes pour être à la hauteur des enjeux ; et sur ce dernier point on en reste encore aux déclarations de bonnes intentions.

– Les positions des pays émergents (133 pays en développement) et de la Chine seront décisives au cours de ce sommet ; en particulier le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, et bien évidemment la Chine, en raison de leur influence auprès d’autres Etats, et/ou de l’importance de leur pollution au niveau mondial.

– Quelques éclairages ont été fournis par la communauté scientifique sur les conséquences pour le monde d’une augmentation des températures. Avec 2°C, les territoires peuplés de 280 millions d’humains devraient être submergés ; avec 4C, ce sont 600 millions de personnes qui devraient être concernées. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland, une hypothèse de plus en plus réaliste, élèverait le niveau des mers de 7 mètres.

– La Chine a très largement sous-évalué sa consommation de charbon entre 2000 et 2012. Elle a émis un milliard de tonnes de CO2 supplémentaires par an. Annoncée un mois à peine avant l’ouverture de la conférence de Paris par le propre Bureau des statistiques chinois, cette information n’a pas manqué de jeter le trouble dans les esprits … et on peut voir un désir de « rattrapage » dans le fait que la Chine a annoncé, ultérieurement, qu’elle approuvait le principe d’un accord, à Paris, qui soit contraignant et révisable tous les cinq ans. Cette clause obligatoire, essentielle, fera l’objet, sans nul doute, d’âpres discussions entre les parties. On sait, à ce propos, que les Etats-Unis ne veulent pas en entendre parler, contrairement à l’Union européenne, pour qui elle conditionne toute effectivité des mesures qui pourront être adoptées.

 

. Barack Obama met fin au projet de l’oléoduc Keystone. Cet oléoduc devait relier la province canadienne de l’Alberta au golfe du Mexique américain. Un projet vivement combattu depuis longtemps par une large frange de la société civile, à partir de 2011. Le président américain a lui-même indiqué que sa prise de position était largement motivée par le refus d’affaiblir les positions de son pays lors de la conférence de Paris. En tout état de cause, l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta continuera, comme l’importation de leur pétrole par les USA. Mais seuls les circuits habituels, existants,  de distribution américains continueront à être utilisés.

 

. Le gaz de schiste américain pollue le ciel de l’Europe.Des chercheurs belges ont mis en évidence la pollution du ciel de toute l’Europe du nord par de l’éthane, un gaz dégagé lors de la fuite des puits de gaz de schiste. Et seuls les 1 200 puits de gaz de schiste américains peuvent être rendus responsables. Ils sont actifs depuis 2008, et les émissions d’éthane ont augmenté de 5% par an depuis 2009, alors qu’elles avaient baissé auparavant.

 

. 580 000 km2 de plus pour les mers françaises. La France, via une procédure de la Commission des limites du plateau continental des Nations unies, a étendu jusqu’à 350 miles (650 km) son plateau continental, soit au-delà des 200 miles (370 km) de sa Zone économique exclusive (ZEE). Au large de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, des îles Kerguelen et de la Nouvelle-Calédonie.

 

. L’Asie du Sud-Est asphyxiée par les feux indonésiens.Depuis deux mois, les pays limitrophes de l’Indonésie sont gravement affectés par les nuages toxiques des fumées dégagées par les feux de brûlis indonésiens. La Malaisie, Singapour, jusqu’à la Thaïlande et les Philippines, sont concernés. Tous les ans le même scénario se répète, mais cette fois-ci le phénomène est largement amplifié par l’impact du courant El Niño. C’est le défrichement de la forêt par brûlis, pour permettre notamment la culture du palmier à huile, qui est responsable, et les autorités ne font rien pour l’enrayer. Depuis le début de cette année, ces incendies ont déjà réduit à néant 1,7 million d’hectares en Indonésie.

 

. La viande rouge cancérogène. C’est un vrai pavé dans la mare qu’a lancé une agence de l’OMS, le Centre international de recherche sur le cancer, fin octobre. Selon elle, la consommation de viande rouge « est probablement cancérogène ». Et notamment, la consommation de produits carnés de viande rouge (jambon, charcuterie, saucisses, viandes en conserve), elle, est bien cancérogène. Cette consommation, à partir de 50 grammes par jour, favoriserait la survenue de cancers colorectaux.

 

. Abattage des bouquetins du Bargy : feu vert du tribunal.L’abattage de la majorité des troupeaux de bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Savoie, suspectés de transmettre la brucellose aux bovins (voir Revue d’Actualité d’octobre), a été autorisé par le tribunal administratif de Grenoble, le 21 octobre. Les associations refusant cet abattage, qui ont vu leur demande de faire annuler l’arrêté préfectoral rejetée, vont porter l’affaire devant le Conseil d’Etat.

 

. Les éléphants immunisés contre le cancer. Des chercheurs américains ont découvert que les éléphants disposaient de 20 copies du gène TP 53, une protéine répertoriée pour ses importantes propriétés anticancéreuses. L’homme ne possède qu’une seule copie de ce gène. Les éléphants ne sont que 3% à souffrir de cette maladie. L’activation du gène en question chez des souris a permis d’obtenir une protection similaire à celle dont bénéficient les éléphants.

 

Médias

 . « Climat – Relever le défi du réchauffement ». Dossier revue Pour La Science, octobre-décembre 2015.

 . « Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique » de Bruno Latour. Editions La Découverte.

 . « Le roi tué par un cochon » de Michel Pastoureau. Editions Le Seuil.

. « Géopolitique de l’ours polaire » de Rémy Marion et Farid Benhammou. Editions Hesse.

. « A quoi sert l’homme ? » de Dominique Lestel. Editions Fayard.

 . « Dictionnaire de la pensée écologique » sous la direction de Dominique Bourg et Alain Papaux. Editions PUF.

. « Les Prédateurs. La nature face au crime organisé. Une enquête « Le Monde ». Editions Ateliers Henry Dougier.

. « L’ère de l’homme » documentaire de Dimitri Grimblat. Planète +, 9 décembre 2015, 21h35.