ESSAI-GIF

NOVEMBRE 2019

 

Evénements :

. Un vaste appel de scientifiques pour sauver le climat. Ce sont 11 000 scientifiques de 153 pays (climatologues, biologistes, physiciens, chimistes, agronomes), dont 1 500 Français, qui ont lancé un appel dans la revue BioScience, le 5 novembre dernier, pour attirer l’attention sur l’urgence climatique et pour proposer des solutions, qui passent par des transformations importantes des modes de vie, à l’échelle de la planète. En 2017, la même revue avait déjà accueilli une telle initiative, avec un manifeste signé par 15 000 scientifiques, qui mettait l’accent sur la dégradation dramatique de l’environnement et du monde vivant. Les signataires de l’appel de novembre ont compilé quarante ans de données d’indicateurs révélant l’impact des activités humaines sur l’environnement, mais aussi sur les sociétés. Et ils ont mis en parallèle l’explosion démographique, celle de la consommation de viande, et d’énergie, l’aggravation de la déforestation, le développement majeur du transport aérien. Ces scientifiques, « pour éviter de rendre de grandes parties de la Terre inhabitables », proposent de porter l’effort sur six domaines d’action : sortir des énergies fossiles et privilégier les énergies renouvelables ; éliminer les subventions du charbon, du pétrole et du gaz ; fixer un prix plus élevé du carbone ; baisser la consommation de viande ; continuer à protéger les écosystèmes qui stockent du CO2 (comme les zones humides et les mangroves) ; stabiliser, voire réduire la population. La dernière mesure, comme d’habitude, fait débat, mais elle a le mérite d’être exposée clairement.

. Les Etats-Unis sortent de l’accord de Paris. La sortie effective aura lieu dans un an, mais le processus est engagé. Le secrétaire d’Etat américain a en effet annoncé, le 4 novembre, que son pays engageait son retrait du traité sur le climat signé en 2015. Il a donné comme raison essentielle que cet accord aurait imposé « un fardeau économique injuste » aux Etats-Unis. Ce retrait américain aura un impact significatif sur les efforts pour réduire les augmentations de la température à l’échelle du globe, puisque ce pays est le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre, après la Chine. A l’heure actuelle, les engagements annoncés des signataires de l’accord de Paris sont notoirement insuffisants, puisque la planète se dirige vers une hausse des températures de 3,2°C d’ici la fin de ce siècle, quand cet accord avait prévu qu’elles ne dépassent pas 1,5°C.

. Les banques françaises soutiennent les industries fossiles. Un rapport des ONG Oxfam et Les Amis de la Terre, fin novembre, a dénoncé ce qu’elles appellent « la colossale empreinte carbone des banques françaises », en estimant que les émissions de gaz à effet de serre issues des financements des quatre principales banques françaises (BNP Paribas, Crédit agricole, Société Générale et BPCE) dans le secteur des industries fossiles avaient atteint, en 2018, plus de 2 milliards de tonnes équivalent CO2, soit 4,5 fois les émissions du pays. C’est la BNP qui soutient le plus de projets polluants, suivie par le Crédit Agricole, la Société Générale et la BPCE. Ces banques, et d’autres sociétés importantes, annoncent chaque année leurs efforts pour réduire leurs activités polluantes, et pour réduire leur empreinte carbone. Toutefois les deux associations considèrent que ces efforts restent encore bien trop mesurés, et en pratique, les énergies fossiles continuent à bénéficier de financements importants.

. Chlordécone : la responsabilité de l’Etat français. Le chlordécone, un insecticide massivement utilisé dans les bananeraies des Antilles françaises, entre 1972 et 1993, est classé depuis 1979 par l’Organisation mondiale de la santé comme cancérogène, donc très néfaste pour les populations – et également pour l’environnement. Les Etats-Unis connaissaient sa toxicité et l’avaient interdit depuis 1975. Malgré cela, la France a continué à l’autoriser pendant de longues années. Une mission parlementaire a rendu un rapport, fin novembre, soulignant que l’Etat est « le premier responsable » de cette dérive, et des conséquences graves pour les populations : selon Santé Publique France, 95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais sont contaminés par ce produit. Il faut noter que dans cette affaire, les responsabilités sont toutefois partagées, les industriels, les groupements de planteurs et certains élus ayant continué à soutenir l’usage de cet insecticide.

. Les poissons aussi victimes d’insecticides. Les « dommages collatéraux » des insecticides sont de plus en plus connus, et pour être utilisés sur terre, ils peuvent contaminer des organismes vivant en milieu aquatique. C’est ce qu’une étude, parue le 31 octobre dans la revue Science, a démontré. Des chercheurs japonais ont constaté un effondrement très rapide de pêcheries lacustres dans leur pays, après l’introduction de néonicotinoïdes. L’usage d’un de ces produits, l’imidaclopride, dans les rizières de la préfecture de Shimane, en 1993, s’est traduit par une baisse radicale des captures de deux espèces commerciales de poissons importantes, dans le lac Shinji, l’anguille japonaise et le wakasagi. Car ce lac était entouré par les rizières. Les premiers organismes touchés ont été les petits organismes aquatiques (larves d’insectes, crustacés, autres invertébrés), très sensibles aux néonicotinoïdes, et ce sont eux dont se nourrissent les poissons. L’exemple japonais a certainement des équivalents ailleurs. Car dans le monde, les semences de riz enrobées de néonicotinoïdes sont très largement utilisées, et il est estimé que plus de 90% du produit appliqué en enrobage finit dans le sol ou dans l’eau… Et les oiseaux peuvent aussi être touchés. Aux Pays-Bas, en 2014, une étude a établi que dans les zones où les eaux de surface ont des taux d’imidaclopride supérieurs à 20 milliardièmes de gramme par litre, les populations de passereaux insectivores chutent de 3,5% par an. Ce qui aboutit à réduire de moitié une population d’oiseaux en l’espace de vingt ans.

. Réapparition d’un disparu. Le chevrotain à dos argenté (Tragulus versicolor) n’avait donné aucun signe de vie depuis près de trente ans. Il avait été classé par l’ONG Global Wildlife Conservation parmi les 25 animaux les plus recherchés de la planète. Mais il a été photographié à l’automne dernier dans son habitat, les forêts de trois provinces au Vietnam. Ce petit ongulé, un animal solitaire, doit faire désormais l’objet d’un véritable suivi, car il n’est pas à l’abri des menaces (la chasse au collet notamment, pourtant interdite, a largement cours dans le pays).

Publications :

. « Atlas du business des espèces menacées – Braconnage, cruauté, contrebande » par l’association Robin des Bois. Editions Arthaud.

Pour partager cette information