La revue d’actualité de la SERE par Alain Zecchini

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 Evénements

 . COP 23 : pas de progrès notables. La 23ème Conférence des Nations unies sur le climat, qui s’est tenue à Bonn (Allemagne), du 6 au 17 novembre dernier, n’a pas apporté d’avancées significatives sur la plupart des grands dossiers en cours. La délégation américaine a formulé à nouveau ses réticences à promouvoir largement les industries renouvelables, tout en réaffirmant parallèlement ses intentions de continuer à favoriser les industries fossiles. De leur côté, la chancelière Angela Merkel et le Président français Emmanuel Macron ont souligné qu’ils entendaient pour leurs pays maintenir le cap d’abandonner, justement, ces industries fossiles dans un futur proche. Mais à ce sujet, le 7 novembre, le ministre français Nicolas Hulot a annoncé qu’il serait « difficile » de réduire de 75% à 50%, en France, la part d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2025. Ceci, dans la mesure où une diminution trop rapide du nombre des centrales nucléaires stipulerait le maintien en activité des quatre centrales à charbon et à construire une vingtaine de nouvelles centrales au gaz, selon RTE, la filiale d’EDF. Par ailleurs, sur la pertinence du changement climatique, treize agences fédérales américaines ont confirmé sans aucun doute le lien entre le réchauffement et les activités humaines. Elles ont indiqué qu’entre 1901 et 2016, la température moyenne annuelle à la surface de la planète a augmenté de 1°C ; entre 2021 et 2050, la hausse devrait être de 1,4°C supplémentaire. Le niveau moyen des mers a cru de 18 à 20,5 cm depuis 1900. A la mi-novembre, 15 000 scientifiques du monde entier, de 184 pays, ont signé un appel solennel pour alerter sur l’état de la planète. Afin d’ « éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité », ces scientifiques estiment que l’humanité doit changer radicalement de mode de vie. Sur les 195 parties prenantes à l’accord de Paris, 26 pays n’ont toujours pas ratifié le texte, dont la Russie, l’Iran, la Turquie. Enfin les derniers chiffres montrent que les émissions de CO2 dans le monde ont repris leur progression en 2017, après un palier de trois ans. Ces émissions devraient atteindre pour cette année 41 milliards de tonnes. Avec, comme principal pollueur, et en raison notamment de la reprise de sa production industrielle, la Chine, pour 10,2 gigatonnes. Dans ce classement de la pollution, la France se trouve à la 19ème place.

. Du mieux pour la couche d’ozone. Le trou de cette couche a largement diminué en 2017. Il a atteint 19,7 millions de km2, soit la plus petite surface observée depuis 1988. Il était de 23 millions de km2 en 2016. Le protocole de Montréal, en 1987, a notamment interdit les CFC, grandement responsables de la détérioration de la couche d’ozone. Il reste quand même que les HFC (hydrofluorocarbures), employés comme substituts des CFC, sont des gaz à effet de serre, qui contribuent au réchauffement climatique. La réduction de ce trou a aussi comme explication la variabilité du climat. Les experts estiment que le trou ne devrait pas être totalement résorbé avant 2060.

. Le gyphosate à nouveau autorisé pour 5 ans. Au terme de plusieurs mois d’atermoiements, de votes reportés, d’intenses campagnes de pression des industries phytosanitaires, le glyphosate a reçu une autorisation d’exploitation en Europe pour 5 ans. C’est le revirement de l’Allemagne, jusque-là décidée à ne pas voter ce renouvellement, qui a fait pencher la balance. Le Président français Macron a déclaré, après ce vote, qu’en France le glyphosate serait interdit au plus tard dans 3 ans.

. Le Népal et le Pakistan de veulent pas de barrages chinois. Pièces maîtresses dans sa politique de développement de pays limitrophes pour ses vastes perspectives des « routes de la soie », les barrages que la Chine se propose de financer ailleurs que chez elle rencontrent des oppositions de plus en plus grandes. En Birmanie, un projet est gelé depuis 2011, 90% de sa production électrique devait alimenter la Chine. Le Népal vient d’abandonner un projet, dans la région de la capitale Katmandou, en raison d’ « irrégularités » (bien qu’il faille sans doute retenir aussi l’opposition de grand voisin indien à toute influence majeure de la Chine au Népal). Au Pakistan, un projet de barrage sera bien mené à terme, mais sans les financements chinois prévus.

. La désertification progresse en Espagne. Les experts estiment que le pays connaît depuis le début 2016 la pire sécheresse des vingt dernières années. Au nord-est, notamment, les réserves d’eau du bassin du Tage sont à un niveau très faible. L’une des explications majeures de ce phénomène, outre la sécheresse proprement dite, est le détournement de l’eau du fleuve pour l’irrigation de l’agriculture industrielle, très développée. Au moins 20% du territoire espagnol auraient déjà perdu toute végétation, et la tendance devrait encore s’accentuer.

. Nourrir en Bio le monde en 2050. Des chercheurs européens ont estimé, dans une étude parue à la mi-novembre dans la revue Nature Communications, qu’il serait possible de nourrir le monde en alimentation biologique en 2050. A deux conditions majeures : faire baisser significativement le gaspillage alimentaire et limiter la consommation de produits d’origine animale. Et cela, sans augmenter la superficie des terres agricoles et avec des émissions de gaz à effet de serre réduites.

. L’Europe favorable à la pêche électrique. La commission de la pêche du parlement européen s’est prononcée, le 21 novembre, pour le développement de la pêche électrique. Cette méthode consiste à employer des chaluts dont les chaînes sont remplacées par des électrodes, afin d’envoyer des décharges dans les sédiments du fond de la mer et capturer plus facilement les poissons qui s’y trouvent (principalement les soles). Une technique dénoncée avec force par les associations de protection de la nature, qui soulignent les effets catastrophiques sur les populations de poissons. L’Europe a interdit la pêche électrique en 1998, suivie par les Etats-Unis, le Brésil et la Chine. Mais au niveau européen, des dérogations existent depuis 2007. Les Pays-Bas sont le principal pays qui profite largement de ces dérogations, et qui bataille pour la levée de toute interdiction générale. Le  dossier n’est pas clos pour l’Europe, il doit encore être examiné en séance plénière du Parlement européen, et à la faveur d’une réunion Parlement- Commission – Conseil des ministres.

. Les lynx à la peine en France. Il ne resterait plus qu’environ 150 lynx adultes en France, dont 120 dans le massif jurassien. Réintroduit dans les années 1970, il n’est pas dans un état critique mais toutefois très préoccupant. Selon l’ONCFS, les collisions avec les véhicules représentent 58% des cas de mortalité, les morts naturelles, 16%, et le braconnage, 12% (les éleveurs, depuis cette réintroduction, se sont toujours opposés à la présence du félin).

. 500 000 renards tués tous les ans en France. Classé comme « nuisible », le renard est lui aussi mal en point. Bien que ses effectifs apparaissent importants, il continue à être déterré, gazé, tiré, pris au piège. Accusé de transmettre des maladies, de s’attaquer aux basses-cours, de détruire le gibier. Or il a un rôle écologique irremplaçable, notamment en réduisant largement les populations de mulots et de campagnols, vecteurs des tiques responsables de la maladie de Lyme, dont on commence à s’inquiéter grandement dans le pays en raison de sa prolifération.

. Deux pesticides néfastes aux abeilles provisoirement interdits. Le tribunal administratif de Nice a suspendu, le 23 novembre, l’autorisation de mise sur le marché de deux pesticides, le Closer et le Transform, à base de sulfoxaflor. Pesticides depuis longtemps considérés comme très toxiques pour les abeilles. Ils avaient été autorisés le 27 septembre par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

. Trophées de chasse à l’éléphant : le président Trump recule.  Interdite par l’ancien président américain Obama, l’importation de trophées de chasse à l’éléphant du Zimbabwe avait été autorisée par le président Trump, ce qui a soulevé une tempête de boucliers aux Etats-Unis, notamment de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants. Le 17 novembre, le président Trump a battu en retraite et annoncé le retour à la situation antérieure.

. Une nouvelle espèce d’Orang-outan. Une population de ces grands singes a été récemment cataloguée, après étude génétique, comme espèce, Pongo tapanuliensis. Elle habite au nord de l’île de Sumatra. Ses effectifs, faibles, sont d’environ 800 individus, sur une aire de répartition réduite de 1 000 km2. Elle est plutôt menacée (comme tous les autres orangs-outans d’Indonésie) par la chasse illégale, et la déforestation, laquelle est imputable à l’exploitation forestière, les concessions minières et les plantations agricoles (huile de palme en priorité).

Médias

 . « Paul Watson, Sea Shepherd, le combat d’une vie » de Lamya Essemlali. Editions Glénat.

. « Le Génie des abeilles » de Sylla de Saint Pierre et Jurgen Tautz, photographies d’Eric Tourneret. Editions Hozhoni.

. « La Contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel » de François Jarrige et Thomas Le Roux. Editions du Seuil.

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