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Revue d’Actualité – Mardis de l’Environnement – Octobre 2013

Evénements :

  • Conférence environnementale française : résultats mitigés. La seconde conférence environnementale mise en place par le gouvernement français s’est achevée le 21 septembre dernier sur des résultats inégaux. L’exécutif a privilégié le chapitre de la transition énergétique, avec deux mesures-phares : la confirmation d’une taxe carbone, qui sera financée par une partie des taxes intérieures de consommation sur les carburants et les combustibles (le « rattrapage » du différentiel de fiscalité entre le diesel et l’essence étant renvoyé à plus tard) ; l’attribution d’une partie des dividendes des centrales nucléaires au financement de la filière des énergies renouvelables. Plusieurs autres thématiques, prévues pour cette conférence, n’ont fait l’objet d’aucune décision : la réduction de l’usage des pesticides ; la pêche en eaux profondes ; l’économie circulaire.
  • Un budget de l’environnement en baisse. Le budget 2014 du ministère de l’Ecologie, en France, sera réduit de 500 millions d’euros, soit de 6,5% (pour un total de 7,2 milliards d’euros), hors investissements d’avenir. Les moyens de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) sont toutefois maintenus.
  • L’exploitation du gaz de schiste en France invalidée par le Conseil constitutionnel. Les sages ont confirmé, le 11 octobre, la loi de 2011 qui interdisait la technique de la fracturation hydraulique pour l’exploitation du gaz de schiste. Toutefois les défenseurs de cette technique ne désarment pas. La société texane qui avait déposé auprès du Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité a également produit un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, visant à faire annuler l’abrogation qui a été faite de ses permis de recherche en Aveyron et en Ardèche. Par ailleurs, une autre société américaine a obtenu de ce même tribunal une décision visant à obliger l’Etat, d’ici le 17 octobre, à réexaminer ses permis de forages d’expérimentation.
  • Le charbon à la hausse en Allemagne. Depuis deux ans, la production de charbon de l’Allemagne, qui détient les deuxièmes réserves en importance de ce minerai dans le monde, est repartie. Le pays est devenu le premier producteur de la planète. Le charbon représente 26% de sa consommation d’énergie.
  • Le nucléaire français prolongé de dix ans. Selon toute probabilité, le gouvernement français devrait annoncer le 15 novembre la prolongation de la durée de vie du parc nucléaire de 40 à 50 ans. Cette mesure permettra, selon le gouvernement, d’étaler davantage la hausse des tarifs d’électricité et d’éviter la construction d’autres réacteurs.
  • Des pesticides dans le vin. Le vin français fait largement l’objet de traitements phytosanitaires, dont les résidus se retrouvent dans les bouteilles. C’est ce que démontre une enquête de la revue Que choisir, en octobre (voir ci-dessous « Médias »). Bien que les teneurs de pesticides relevées soient inférieures aux seuils de toxicité établis par l’Agence européenne de sécurité des aliments, la généralisation du phénomène est inquiétante. De plus en plus de recours en justice sont déposés par des agriculteurs victimes de maladies (de type cancer) dont le lien avec les pesticides est avancé. La France, avec 100 000 tonnes, est le troisième plus gros utilisateur de pesticides dans le monde.
  • Des « corridors verts » et des « trames bleues » en Ile-de-France. Le schéma régional de cohérence écologique (SRCE), voté par le Conseil régional d’Ile-de-France, en octobre, vise à rétablir ou favoriser les continuités écologiques de la région. Il entend donc protéger, pour le vert, les haies, prairies et chemins, et pour le bleu, les mares, les prairies humides et les petits cours d’eau. En Ile-de-France comme ailleurs, l’artificialisation des sols et la fragmentation des habitats naturels se renforcent, au détriment de la biodiversité végétale et animale.
  • Un projet de mine d’or géante en Roumanie annulé par le gouvernement. En septembre, le gouvernement roumain a annoncé qu’il retirait son soutien au projet d’une société canadienne d’exploiter le plus grand gisement d’or d’Europe, à Rosia Montana. 12 000 tonnes de cyanure devaient être utilisées pour l’extraction chaque année. Le mouvement de refus avait été enclenché par les manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le pays. La décision finale doit encore être prise par le Parlement roumain prochainement, probablement pour confirmer la position du gouvernement.
  • Des barrages coréens comme un désastre écologique et humain. La construction de 16 barrages sur quatre fleuves sud-coréens, achevée en 2011, s’est traduite par une série de graves problèmes pour l’environnement, à la fois naturel et humain : 15 de ces barrages seraient endommagés ou s’affaisseraient ; la qualité des eaux est dégradée ; de nombreuses terres arables sont inondées ; les opérations de drainage doivent être multipliées ; 1% seulement des 96 000 emplois promis ont été créés ; de plus les projets ont donné lieu à un phénomène de corruption généralisée entre acteurs gouvernementaux et sociétés chargées de la construction.
  • L’Australie recule sur le front de l’écologie. Le gouvernement de Canberra est engagé dans une politique de réduction des moyens accordés à la défense de l’environnement : présentation prochaine devant le Parlement d’un projet d’abroger la taxe carbone et l’Autorité du changement climatique ; suppression attendue de la Clean Energy Finance Corporation, un fonds d’investissement public pour les énergies renouvelables ; ceci suivant la cessation d’activité qui a été décidée pour la Commission du climat, laquelle était chargée de l’information sur le changement climatique auprès du public.
  • Des militants de Greenpeace prisonniers en Russie. Un bateau de Greenpeace, l’Artic-Sunrise, a été arraisonné par les autorités russes, le 19 septembre, et ses 30 membres sont incarcérés à Mourmansk depuis. Ils sont poursuivis pour « piraterie en groupe organisé » et risquent 15 ans de prison. Ils avaient tenté d’aborder une plate-forme pétrolière de Gazprom, pour dénoncer le forage du pétrole dans les eaux polaires, risque, selon eux, de catastrophes écologiques.
  • En Chine, la menace du frelon asiatique. Dans la province chinoise du Shaanxi, le frelon asiatique a tué 42 personnes et blessé au moins 1 640 autres depuis juillet. La raréfaction des prédateurs naturels (araignées et oiseaux), les fortes températures, le reboisement aux abords des villages, expliquent le phénomène.
  • En France, la menace est aussi celle d’un ver. Le frelon asiatique a envahi de nombreuses régions en France, mettant à mal les colonies d’abeilles. Mais une autre menace est apparue récemment. Longs d’une quarantaine de centimètres, les plathelminthes terrestres sont des vers prédateurs des lombrics, qui sont eux essentiels pour les sols français. Originaires de Nouvelle-Zélande, ils sont probablement arrivés en France via la Grande-Bretagne, qui subit leur invasion depuis plusieurs années. La Bretagne et le Midi sont particulièrement touchés, mais ces vers seraient présents sur tout le territoire national. Ils n’ont ni prédateurs ni parasites, et la lutte contre eux s’avère difficile.
  • Les guerres du loup et l’ours reprennent en France. Les oppositions au loup et à l’ours connaissent, depuis l’été, un crescendo. Pour le loup, un point a été acquis aux défenseurs de l’animal, avec l’annulation, début octobre, de l’autorisation préfectorale accordée aux chasseurs des Alpes-Maritimes de tirer sur lui, dans le cadre des battues au gibier. Mais les éleveurs mettent en avant les bêtes tuées par le loup – 6 000 en 2012 – et la progression du canidé, qui est maintenant repéré dans l’Aube et en Haute-Marne, poursuivant sa colonisation. Dans les Pyrénées, c’est l’ours qui est l’objet de la vindicte des éleveurs. Ils citent de nombreux cas de dérochements de brebis dues à l’ours, et se déclarent prêts à en venir aux actes pour supprimer l’animal (ce qui s’est déjà produit, au moins pour deux cas, en Haute-Ariège). Les associations de défense de l’animal avancent que sur 25 000 morts de brebis tous les ans dans les Pyrénées, 250 seulement sont le fait de l’ours.

Médias :

  • « Guerres et environnement » de Claude-MarieVadrot. Ouvrage paru en 2005 (éditions Delachaux et Niestlé), mais dont l’importance justifie cette nouvelle présentation.
  • « L’Etre et l’écran » de Stéphane Vial. Sur le monde numérique. Editions PUF.
  • « La conquête sociale de la Terre » de Edward O. Wilson. Editions Flammarion.
  • « Un fléau si rentable » de Emmanuelle Grundmann. Sur l’huile de palme. Editions Calmann-Lévy.
  • « Main basse sur la terre – Land grabbing et nouveau colonialisme » de Stefano Liberti. La ruée sur les terres arables dans les pays du Sud. Editions Rue de l’Echiquier.
  • « François Terrasson – Penseur radical de la nature » de Jean-Claude Génot. Editions Hesse.
  • « Des pesticides dans les vins », dossier de Que Choisir, octobre 2013.

 

Manifestations :

. « Mille milliards de fourmis », Palais de la découverte, Paris, du 15 octobre 2013 au 31 août 2014.

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