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Evénements

  • La mer monte dangereusement … L’élévation continuelle du niveau des mers fait peser des menaces sur l’espèce humaine ( et sur l’ensemble de la biodiversité marine, aussi bien). De plus en plus d’études, et de plus en plus fines, précisent les risques des bouleversements attendus, et qui sont pour l’essentiel dus à l’augmentation des températures marines, elles-mêmes engendrées par la multiplication des rejets de gaz à effet de serre sur terre. Ainsi, un rapport récent a été fourni par un collectif de 22 scientifiques français provenant de quinze organismes différents sur ce sujet. Ils ont étudié les conséquences au niveau mondial de cette élévation du niveau des océans. Les résultats montrent que une bonne partie des littoraux devront être désertés par la population, dans de nombreuses régions du monde. Avec des submersions attendues, affectant des activités sensibles comme celles des hôpitaux, des ports, des centrales nucléaires et des zones industrielles. Les zones de delta sont particulièrement exposées à cet égard : Bangladesh, Chine, Vietnam, notamment ; mais les pays continentaux, comme la France, ne devraient pas être épargnés. La montée des mers, et l’érosion accentuée du littoral, se conjuguant avec des événements climatiques extrêmes tels que les tempêtes, les tornades, qui ne pourraient que se développer (et c’est déjà le cas, en particulier dans le sud-est asiatique ou le golfe de Floride).

En France, le littoral est touché depuis plusieurs années. On le constate en particulier sur le côte aquitaine ou sur la côte bretonne. Les pluies hivernales pourraient augmenter de 12% d’ici à 2050. Les inondations côtières pourraient concerner jusqu’à 377 000 personnes, d’après une étude parue dans la revue Nature Climate Change. Et cette élévation du niveau marin devrait avoir des conséquences graves à l’intérieur des terres, car elle empêche la bonne évacuation des eaux des fleuves dans l’océan – ce qui implique, à terme, les inondations des fleuves dans les territoires qu’ils traversent.

Le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) estime que cette augmentation du niveau des mers pourrait atteindre 1,10m. Mais dans l’hypothèse d’un fort changement climatique, couplé à la fonte accélérée d’une partie importante des calottes polaires, ladite augmentation pourrait se chiffrer à 2m.

 

… menaçant les populations humaines. Concernant les dérèglements de la machine climatique sous ses aspects de montée des mers, les petites îles sont en première ligne, et aussi les métropoles côtières. Une étude parue fin octobre dans Nature Communications établit à plus de 300 millions de personnes le nombre de celles qui seront touchées par ce phénomène, et ce, d’ici à 2050. Les précédentes estimations ne faisaient état que de 80 millions de personnes. Mais cette étude porte aussi un scénario pire, établissant à 640 millions de personnes celles qui seraient en première ligne. L’Asie, tout d’abord. Dans cette perspective de 2050, selon un rapport du Giec de 2013 et basé sur la poursuite des émissions de gaz à effet de serre sur leur rythme actuel, le nombre de personnes menacées par au moins une inondation côtière par an serait de 94 millions en Chine ; 43 millions au Bangladesh ; 36 millions en Inde ; 31 millions au Vietnam ; 24 millions en Indonésie ; 12 millions en Thaïlande ; 5,6 millions aux Pays-Bas ; 3,6 millions au Royaume-Uni ; et 1 million en France (pour ce dernier pays, donc, un chiffre nettement grossi par rapport à celui de Nature Climate Change – voir supra). Cette situation s’explique largement par le fait qu’actuellement, 110 millions de personnes vivent dans des zones situées sous le niveau des hautes marées, et 250 millions subissent au moins une fois par an des inondations, en raison des tempêtes annuelles.

Et s’il fallait encore assombrir ce tableau, ce serait pour tenir compte de trois tendances « lourdes » qui ne peuvent que dramatiser cette problématique : l’augmentation de la population mondiale, prévue pour au moins jusqu’à la fin du siècle ; une même augmentation, celle de l’urbanisation côtière (liée évidemment à cet accroissement de population) ; et la multiplication d’événements climatiques à risques, cyclones, tornades, ouragans. Ce sont les pays pauvres, comme le Bangladesh, qui auront le plus de mal à faire face à toutes ces menaces. Ils n’auront (et n’ont déjà) que les pires difficultés pour dégager les financements nécessaires pour se prémunir des conséquences de ces « dérèglements. » Et au total, déjà en 2013, la Banque mondiale avait estimé à 1 000 milliards de dollars par an le coût des inondations dans les 136 plus grandes villes côtières de la planète. Nul doute que ce chiffre de dépenses ne soit à revoir à la hausse aujourd’hui.

 

  • Des aires marines qui ont besoin de davantage de protection. Le classement d’aires marines dans un statut de protection est en cours depuis de nombreuses années, mais un vaste effort reste encore à faire. Certes, on peut se féliciter de la réserve marine de 1,3 million de km2 au large d’Hawaï, créée sous la présidence du précédent Président américain Barack Obama (et on peut relever, a contrario, la réticence de son successeur, Donald Trump, à protéger tant les espaces naturels que la biodiversité dans son ensemble). Et de d’autres exemples dans le monde. La France, pour sa part, affiche de grandes ambitions. C’est qu’elle dispose du second plus grand espace maritime du monde, avec plus de 10 millions de km2. Mais cette ambition doit être accompagnée de moyens, et de décisions, et c’est le cœur du problème. Le 6 mai dernier, le Président de la république, Emmanuel Macron, avait fixé un cap de la politique à suivre en ce domaine : protéger 30% des eaux du territoire national d’ici à 2022. Et plus précisément, « un tiers en pleine naturalité. » En effet, on constate que la santé des océans se dégrade rapidement, sous l’effet, non seulement du réchauffement climatique, mais aussi des activités humaines, parmi lesquelles le chalutage des fonds, l’exploitation des ressources et la surfréquentation occupent les premières places. En juillet dernier, la France recensait 23,5% de ses eaux bénéficiant d’un statut particulier, contre 16,3% en 2014 et moins de 1% en 2007. La progression est donc nette. Est aussi actuellement à l’étude une aire marine protégée de 500 000 km2 supplémentaires dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). De plus, le parc marin des îles Glorieuses de 50 000 km2 devrait prochainement évoluer vers un statut de réserve naturelle. Il n’empêche que des critiques se font jour concernant l’orientation de ces classements. Aujourd’hui, 1% du réseau des aires marines protégées françaises dispose d’une protection forte. La réserve nationale naturelle des TAAF couvre plus de 1,5 million de km2, mais la pêche n’est interdite que sur une portion de 120 000 km2. Le parc naturel marin de la mer de Corail, créé en Nouvelle-Calédonie, l’un des plus grands du monde, n’a pas de réglementation concernant la pêche, l’extraction de minerai, les gros navires de croisière. Un problème se fait donc jour concernant la mise en œuvre d’un statut de protection, qui doit en principe fixer des cadres pour toute activité humaine s’y déroulant. Pour des zones très vastes, comme dans l’océan austral, il faut des moyens de surveillance – et la France manque cruellement de navires qui seraient dédiés à cette tâche. Dans les zones mêmes des TAAF, par exemple, des flottes de navires de pêche étrangères sillonnent les eaux, et aucun contrôle réel ne peut être effectué sur les prises. Et parallèlement à cette question surgit une autre, qui est celle des techniques de pêche, qu’il serait nécessaire de réglementer pour éviter la surexploitation. La protection d’une aire marine permet à la biodiversité de se maintenir et de se développer. Il s’agit en conséquence de penser développement durable pour ce type d’espace, et la France a encore des caps à fixer à cet égard.

 

 

Manifestations

  • Baleinopolis, exposition sur les cétacés. Aquarium tropical du Palais de la Porte-Dorée, Paris, jusqu’au 7 juin 2020.

 

Médias

  • « Croire aux fauves » de Nastassja Martin. Editions Verticales.
  • « Atlas du business des espèces menacées – Braconnage, cruauté, contrebande », association Robin des Bois. Editions Arthaud.
  • « La Jungle des océans » de Ian Urbina. Editions Payot.
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